PROPOSITION D’ORGANISATION : PARTIR DE LA BASE POUR CONSTRUIRE LA NATION
Avant de concevoir une concertation nationale crédible, il est indispensable de clarifier un élément essentiel : Madagascar ne fonctionne pas avec un seul système administratif, mais avec deux systèmes parallèles qui se chevauchent, parfois en harmonie, souvent en tension.
Cette réalité structurelle conditionne toute tentative de concertation réellement inclusive.
Une organisation administrative duale qui fragilise la gouvernance
Madagascar est organisé autour de deux logiques :
L’administration déconcentrée de l’État (verticale, centralisée, nommée)
Elle applique les décisions du gouvernement, à travers :
- Ministères
- Régions (en tant que services techniques de l’État)
- Districts, colonne vertébrale de l’État déconcentré
- Sous-préfectures
- Fokontany, où le chef FKT est nommé
➡️ Cette chaîne représente le pouvoir central, descendant, hiérarchique.
Les collectivités territoriales décentralisées (horizontales, élues)
Elles devraient disposer d’une autonomie locale :
- Régions (CTD) : conseil régional élu, gouverneur nommé
- Communes : maire + conseil municipal (élus)
- Fokontany : structure locale, mais pas CTD
➡️ Cette chaîne représente le pouvoir local, ascendant, démocratique… en théorie.
Une cohabitation qui crée une confusion structurelle
Cette dualité entraîne :
- chevauchement de responsabilités,
- conflits entre élus et nommés,
- zones grises juridiques,
- lourdeurs administratives,
- impossibilité de savoir “qui décide quoi”.
Pour une concertation nationale, cela pose un problème majeur :
➡️ Où faire parler le peuple, si les structures sont ambiguës, politisées, ou perçues comme lointaines ?
C’est précisément pour cette raison que la solution doit revenir à la base authentique, c’est-à-dire au fokonolona, qui reste le seul espace social reconnu et accepté par tous.
Pourquoi la concertation doit partir du fokonolona
Le fokonolona :
- est neutre politiquement,
- repose sur le consensus,
- constitue l’espace historique du dialogue communautaire,
- inspire confiance aux citoyens,
- permet une participation réelle, contrairement aux structures administratives.
Commencer par les Régions ou par le Ministère revient à perpétuer la logique centralisée.
Commencer par le fokonolona revient à reconstruire la République sur sa base vivante.
Proposition d’organisation ascendante de la concertation nationale
Voici un mécanisme complet, cohérent, réaliste et neutre, qui respecte la structure du pays tout en donnant la parole au peuple.
Étape 1 — Consultations communautaires : le FOKONOLONA (base)
Objectifs:
- recueillir les doléances, attentes, frustrations et aspirations,
- identifier les problèmes de gouvernance, de justice sociale, de sécurité, de développement local,
- faire émerger les propositions concrètes.
Modalités:
- réunions ouvertes du fokonolona,
- animateurs neutres formés à la facilitation,
- collecte standardisée (formulaire unique national),
- transparence totale (procès-verbaux publics).
➡️ C’est la première fois dans l’histoire moderne que le pays demanderait directement l’avis de ses communautés.
Étape 2 — Synthèse locale : le FOKONTANY
Le fokontany joue un rôle administratif, mais peut servir de niveau technique pour compiler les contributions du fokonolona.
Rôle :
- synthèse structurée des contributions,
- vérification formelle,
- transmission au niveau supérieur.
➡️ Le fokonolona parle, le fokontany organise administrativement.
Étape 3 — Assemblées de concertation : niveau COMMUNAL
La commune est la première véritable CTD élue.
Objectifs :
- harmoniser les priorités des fokontany du territoire,
- débattre publiquement,
- élire ou désigner les délégués communaux au forum régional.
Avantage :
- légitimité démocratique (élus + citoyens).
Étape 4 — Forums de concertation : niveau RÉGIONAL
Ce sont des forums citoyens, non des réunions d’élites régionales.
Participants :
- délégués des communes,
- société civile locale,
- secteur privé régional,
- jeunes, femmes, leaders communautaires.
Rôle :
- mettre en cohérence les priorités régionales,
- identifier les réformes institutionnelles et économiques majeures,
- préparer un rapport régional consolidé.
➡️ Pas de nomination politique : uniquement des mandats issus du processus ascendant.
Étape 5 — Grand Conclave National : la NATION
C’est l’aboutissement.
Composition:
- délégués régionaux (issus du processus ascendant),
- représentants de la diaspora (modalités à définir),
- experts nationaux, juristes, économistes, constitutionnalistes,
- observateurs indépendants (FFKM, OSC, partenaires internationaux).
Missions:
- consolider les visions régionales,
- élaborer les grandes orientations nationales,
- proposer les réformes constitutionnelles, institutionnelles, économiques et sociales,
- valider un Pacte National de Refondation.
Garanties indispensables : neutralité, transparence, crédibilité
Pour que le processus soit accepté :
Un organe indépendant de pilotage
Ni ministère, ni église, ni parti politique.
Un conseil pluraliste, neutre, autonome.
Composition mixte : société civile, universités, OSC, personnalités neutres.
Procédures standardisées
Formulaires uniques, lexique commun, protocoles stricts d’archivage.
Transparence totale
PV publics, diffusion numérique, accès citoyen.
Protection des participants
Garantir l’absence de pression, intimidation ou récupération politique.
Inclusion maximale
Femmes, jeunes, minorités, zones enclavées, diaspora.
Calendrier possible (réaliste)
- Mois 1 : mise en place de l’organe indépendant
- Mois 2–3 : formation des facilitateurs, préparation logistique
- Mois 4–6 : consultations du fokonolona
- Mois 7–8 : synthèses fokontany
- Mois 9–10 : assemblées communales
- Mois 11 : forums régionaux
- Mois 12 : conclave national
- Mois 13 : adoption du Pacte de Refondation
- Mois 14+ : mise en œuvre
Pourquoi le District n’est pas inclus dans le processus de concertation nationale
La réussite d’une concertation nationale repose sur un principe fondamental : garantir une expression libre, non filtrée et authentique des citoyens.
Dans ce contexte, la question du rôle du District, structure administrative centrale dans l’architecture de l’État, doit être abordée avec clarté.
Le District : une structure de l’État, non un espace de participation citoyenne
Le District est une circonscription administrative déconcentrée, dirigée par un Chef de District nommé par l’État.
Il représente l’autorité centrale dans le territoire et assure :
- le maintien de l’ordre,
- la supervision des services publics,
- l’application des directives des ministères,
- la coordination des forces administratives.
➡️ Il n’est pas une collectivité élue.
➡️ Il n’est pas une structure de délibération citoyenne.
➡️ Il n’est pas un espace autonome.
L’intégrer au processus risquerait de confondre l’expression populaire et le contrôle administratif.
Préserver la neutralité du processus
Les crises répétées de Madagascar ont en grande partie pour origine :
- la méfiance envers l’État central,
- la perception d’un appareil administratif politisé,
- le manque de séparation entre autorité et participation.
Introduire le District comme niveau de validation ou de synthèse risquerait :
- d’altérer la neutralité,
- de créer des pressions,
- d’induire des filtres politico-administratifs,
- de détourner ou édulcorer les doléances citoyennes.
Une concertation nationale doit éviter toute forme de pression verticale, surtout dans un contexte post-crise.
Éviter les filtres entre la base et la nation
Toute structure nommée est perçue – à tort ou à raison – comme redevable à l’exécutif ou aux gouvernorats.
Pour garantir que :
- les voix locales restent intactes,
- les doléances arrivent au niveau national sans transformation,
- le processus soit reconnu comme légitime,
le mécanisme doit être le plus direct possible.
Laisser le District en dehors du circuit permet de :
- réduire les intermédiaires,
- limiter les distorsions,
- accélérer la circulation de l’information,
- protéger l’authenticité des contributions.
Un processus qui respecte la logique de proximité
La concertation doit être ascendante, c’est-à-dire partir des structures les plus proches du citoyen :
- Fokonolona (communauté)
- Fokontany (structure locale)
- Commune (échelon élu)
- Région (collectivité stratégique)
Ces quatre niveaux constituent un chemin légitime, sociologique et démocratique.
Introduire le District introduirait une rupture dans cette logique et réinjecterait une hiérarchie verticale.
Une décision assumée et stratégique
L’exclusion du District n’est ni un oubli, ni une mise à l’écart de l’administration de l’État.
C’est un choix stratégique qui répond à trois impératifs :
- protéger l’expression populaire,
- rehausser la confiance nationale,
- éviter toute confusion entre gouvernance et concertation.
L’État garde un rôle essentiel dans la sécurisation, la logistique et la coordination générale.
Mais il ne doit pas intervenir dans le circuit délibératif.
Paroles à tous les citoyens
La réussite de la concertation dépend d’un principe simple :
le pays doit être refondé par sa base, pas par ses élites.
Le fokonolona est non seulement un lieu de dialogue, mais un fondement civilisationnel.
Construire la Nation à partir de sa communauté la plus profonde n’est pas nostalgique : c’est moderne, légitime, et durable.
La concertation nationale doit être un espace protégé, neutre, transparent, où la voix des citoyens circule sans filtre.
En choisissant de ne pas inclure le District, le processus garantit :
- son indépendance,
- sa crédibilité,
- sa légitimité,
- et son efficacité.
Ce choix prépare le terrain pour une organisation claire, ascendante et authentique, présentée dans la prochaine section.
📋 Table des matières
- Un pays, une voix, un avenir : la Concertation Nationale par les Fokonolona
- Préambule
- A nos propos
- Introduction
- Histoire des crises : une répétition structurelle
- Les revendications populaires : un appel à la justice, la dignité et la redistribution
- Les réponses du pouvoir actuel : opportunités et limites
- Le Fokonolona : fondement historique, institutionnel et social d'une concertation authentique
- Proposition d'organisation : partir de la base pour construire la nation
- Conclusion : pour une refondation durable, populaire et partagée