LES REVENDICATIONS POPULAIRES : UN APPEL À LA JUSTICE, LA DIGNITÉ ET LA REDISTRIBUTION
Au cœur des mobilisations de 2025, un constat simple mais puissant domine :
Madagascar est un pays riche, mais les Malgaches restent pauvres.
Cette contradiction, ressentie au quotidien par des millions de citoyens, alimente une frustration profonde qui s’est transformée en exigence collective de changement.
Les revendications ne sont ni idéologiques, ni partisanes : elles expriment une aspiration fondamentale à la justice, à la dignité et à un État réellement au service du peuple.
Des ressources naturelles abondantes, mais mal exploitées ou captées par des intérêts particuliers
Madagascar dispose d’un capital exceptionnel : minerais stratégiques, biodiversité unique, terres arables, richesses halieutiques, potentiel énergétique.
Pourtant, une grande partie de ces ressources ne bénéficie pas à la population.
Les critiques exprimées dans la rue dénoncent :
- des contrats jugés opaques,
- une réglementation faible face à des groupes puissants,
- des flux financiers mal contrôlés,
- un partage des bénéfices largement déséquilibré.
Le sentiment populaire est clair : la richesse existe, mais elle n’est pas dirigée vers le développement national ni vers l’amélioration des conditions de vie.
Une gouvernance perçue comme patrimoniale, clientéliste et concentrée
Les citoyens dénoncent un mode de gouvernance marqué par :
- la confusion entre intérêts publics et intérêts privés,
- la concentration du pouvoir et des privilèges dans les mains d’une minorité,
- l’utilisation des institutions comme instruments d’allégeance politique,
- la promotion basée davantage sur la loyauté que sur la compétence.
Pour rester diplomatique, on peut parler non pas de « gestion mafieuse », mais de « dérives systématiques liées à l’accaparement des ressources publiques et à une gouvernance insuffisamment transparente ».
Cette formulation permet de nommer le problème sans viser des individus, tout en soulignant la profondeur structurelle des dysfonctionnements.
Une redistribution quasi inexistante au profit des ménages
Malgré la multiplication des projets publics, la population constate que :
- les services publics restent défaillants,
- les investissements ne se traduisent pas en amélioration du quotidien,
- la fiscalité pèse davantage sur les plus modestes que sur les acteurs économiques puissants,
- les inégalités se creusent d’année en année.
Le message porté par les manifestants est direct :
le pays produit de la richesse, mais le peuple n’en voit pas les effets.
Un déficit profond de confiance envers les institutions publiques
Les citoyens ne se reconnaissent plus dans les structures qui les gouvernent.
Le faible niveau de confiance résulte de :
- la perception d’une justice sélective,
- la politisation excessive de l’administration,
- le manque de neutralité des institutions électorales,
- les scandales répétés sans sanction,
- la faiblesse des mécanismes de contrôle et d’audit.
L’État apparaît comme un appareil lointain, qui impose plus qu’il ne protège, et qui ne rend pas suffisamment de comptes.
Une volonté forte de rupture avec le système et non avec les personnes
Les populations ne réclament pas seulement un changement de dirigeants, mais une transformation du cadre politique, économique et institutionnel.
Les manifestations expriment :
- le besoin d’un État juste,
- l’exigence de transparence,
- le souhait d’une élite responsable,
- la demande d’un modèle de développement inclusif,
- la nécessité d’une refondation nationale réelle.
La colère n’est pas un rejet de l’État, mais un appel à sa reconstruction.
Un moment historique : vers la construction d’un pacte social renouvelé
La convergence des revendications autour de la justice sociale, de la transparence et de la redistribution montre que le pays se trouve à un moment charnière.
Jamais depuis plusieurs décennies la demande populaire n’a été aussi explicite et structurée.
L’enjeu n’est donc pas seulement de répondre à une crise, mais de poser les bases d’un nouveau pacte social, fondé sur l’écoute, la participation citoyenne et l’équité.
📋 Table des matières
- Un pays, une voix, un avenir : la Concertation Nationale par les Fokonolona
- Préambule
- A nos propos
- Introduction
- Histoire des crises : une répétition structurelle
- Les revendications populaires : un appel à la justice, la dignité et la redistribution
- Les réponses du pouvoir actuel : opportunités et limites
- Le Fokonolona : fondement historique, institutionnel et social d'une concertation authentique
- Proposition d'organisation : partir de la base pour construire la nation
- Conclusion : pour une refondation durable, populaire et partagée