Concertation nationale par les fokonolona : une refondation durable de Madagascar - INTRODUCTION

INTRODUCTION

La crise politique du 25 septembre 2025 n’est pas née d’un simple affrontement entre acteurs politiques ; elle a émergé d’un profond désarroi social et d’une exaspération généralisée qui couvaient depuis des années. Ce jour-là, des manifestations spontanées ont éclaté dans plusieurs villes du pays.

À l’origine, les revendications portaient sur des problèmes immédiats, concrets et vitaux : les coupures d’eau et d’électricité, devenues quotidiennes, insupportables, et symboliques d’un État incapable d’assurer les services les plus fondamentaux à sa population.

Mais très rapidement, ces revendications ont pris une dimension beaucoup plus large. Grâce à l’utilisation massive des réseaux sociaux, les citoyens malgaches ont vu circuler des images, des vidéos et des témoignages exposant l’écart abyssal entre leur vie quotidienne — marquée par la précarité, le manque de services essentiels et l’insécurité économique — et l’opulence insolente dans laquelle évoluent certaines élites politiques, administratives et économiques du pays. Cette visibilité nouvelle, immédiate et incontrôlable a agi comme un révélateur : elle a mis à nu un système perçu comme injuste, inégalitaire et déconnecté du peuple.

Face à ces revendications légitimes, le précédent pouvoir a choisi la voie de la répression violente. Plutôt que d’ouvrir le dialogue, il a tenté d’éteindre la contestation par la force : arrestations arbitraires, intimidations, interventions musclées et limitation de l’accès à l’information. Cette réponse autoritaire n’a fait qu’amplifier la colère, renforcer la détermination des manifestants et accentuer la rupture déjà profonde entre les citoyens et leurs institutions.

Ainsi, les événements du 25 septembre ne sont pas seulement la résultante d’un malaise social : ils ont cristallisé des revendications plus larges, que l’on retrouve dans toutes les crises qui ont traversé le pays depuis l’indépendance.

Derrière la colère se dessinaient trois aspirations fondamentales :

  • justice sociale, dans un pays où la majorité vit dans des conditions indignes alors que les richesses du territoire profitent à une minorité ;
  • rejet des pratiques de corruption, perçues comme systémiques et destructrices du fonctionnement de l’État ;
  • l’exigence d’une refondation institutionnelle, capable de mettre fin aux crises cycliques et de rétablir une gouvernance légitime.

L’arrivée du nouveau pouvoir, dirigé par le Président de la Refondation, Michaël RANDRIANIRINA, a ravivé l’espoir d’une transformation profonde. Mais elle s’est accompagnée d’une prudence lucide : les Malgaches savent que les transitions politiques, si elles ne sont pas ancrées dans la volonté populaire, peuvent rapidement reproduire les schémas du passé.

C’est dans ce contexte de défiance, mais aussi aspiration profonde au changement, qu’émerge la nécessité d’une concertation nationale authentique. Une concertation qui ne soit ni cosmétique ni centralisée, mais un véritable processus d’écoute, d’analyse et de refondation, capable de traduire la voix du peuple en orientations politiques concrètes et durables.