Concertation nationale par les fokonolona : une refondation durable de Madagascar - LES RÉPONSES DU POUVOIR ACTUEL : OPPORTUNITÉS ET LIMITES

LES RÉPONSES DU POUVOIR ACTUEL : OPPORTUNITÉS ET LIMITES

À la suite des événements de septembre 2025, le nouveau pouvoir a exprimé sa volonté d’apaiser les tensions nationales et de refonder les institutions. Cette volonté s’est traduite par l’annonce, le 16 novembre 2025, d’une concertation nationale, présentée comme un chantier fondamental pour reconstruire la confiance entre l’État et les citoyens.

Cette démarche est saluée par une large partie de la population, qui voit dans cette ouverture un signal positif. Cependant, la manière dont cette concertation est organisée soulève des questions essentielles : qui la pilote ? comment ? et avec quelle garantie de neutralité ?

Le rôle confié au FFKM : une opportunité, mais aussi une limite

L’État a annoncé que la coordination de la réconciliation et de la concertation serait confiée au FFKM (Conseil des Églises Chrétiennes de Madagascar).

Points positifs :

  • Légitimité morale profonde.
    Le FFKM est l’un des rares acteurs nationaux jouissant d’une autorité éthique reconnue, ancrée dans l’histoire et au plus près du vécu des citoyens.

  • Expérience historique dans les grandes crises.
    Le FFKM est l’un des rares acteurs nationaux jouissant d’une autorité éthique reconnue, ancrée dans l’histoire et au plus près du vécu des citoyens.

  • Capacité à parler à toutes les composantes du pays.
    Par sa présence territoriale, son réseau et son prestige symbolique.

Mais le choix comporte aussi des limites majeures :

  • Neutralité institutionnelle imparfaite.
    Le FFKM porte une légitimité spirituelle, mais n’est pas un organe neutre de l’État. Son rôle moral ne garantit pas une impartialité politique perçue par tous.

     

  • Problème de laïcité de la future République.
    Une nouvelle République se veut laïque, pluraliste et inclusive.

Or, confier un processus de refondation nationale à une institution religieuse peut créer :

    • une confusion des rôles,
    • un sentiment d’exclusion chez les non-chrétiens,
    • une dépendance excessive envers une structure qui n’est pas élue.
  • Perception de continuité avec les crises passées.
    Les crises de 1991, 2002, 2009 ont été gérées à travers des négociations élitistes, parfois opaque, rarement participatives.
    Reproduire ce schéma risque de donner l'impression que le pays “tourne en rond”.

En résumé :

Le FFKM est légitime moralement, mais pas institutionnellement neutre pour bâtir une nouvelle République.

Une concertation organisée depuis les Régions : un risque de politisation

Le pouvoir actuel a également annoncé que la concertation débuterait au niveau régional, sous la coordination du Ministère chargé de la Refondation.
L’intention peut sembler logique : décentraliser, impliquer les territoires, donner une voix aux régions.
Mais dans le contexte politique malgache, cette stratégie comporte plusieurs risques majeurs :

Les risques d’une concertation “descendante” :

  • Politisation immédiate.
    Les régions sont fortement influencées par les gouverneurs, les élus locaux, les réseaux de pouvoir et les chefs de clans politiques.
    Une concertation initiée “par en haut” risque d’être récupérée par :

      • des groupes partisans,
      • des réseaux d’intérêts locaux,
      • ou les représentants de l’administration centrale.
  • Manque de neutralité administrative.
    Le ministère chargé de piloter la concertation dépend directement de l’Exécutif.
    Or un processus destiné à refonder les institutions doit être au-dessus du gouvernement, pas sous son contrôle.

  • Exclusion des communautés rurales profondes.
    En faisant commencer la concertation au niveau régional, on risque de sauter le niveau le plus important : le fokonolona, base historique, sociale et politique de l’organisation malgache.
    Le risque est d’entendre les élites régionales, mais pas le peuple.

  • Perception de manipulation ou d’instrumentalisation.
    Si l’État organise et gère la concertation, beaucoup craindront une opération politique déguisée.
    La confiance, déjà fragile, pourrait s’effondrer.

La véritable question : qui peut piloter un processus crédible, inclusif et légitime ?

Pour réussir, une concertation nationale doit répondre à trois critères incontournables :

  • Neutralité institutionnelle : aucun acteur politique ne doit pouvoir contrôler, orienter ou manipuler le processus.
  • Légitimité populaire : les décisions doivent émerger du bas, pas du sommet.
  • Inclusivité réelle : chaque citoyen, chaque communauté, chaque territoire doit pouvoir s’exprimer librement.

Ni le FFKM seul, ni les structures étatiques, ni les Régions ne réunissent ces trois conditions.

La nécessité d’une structure neutre, enracinée et apolitique

Pour garantir une concertation véritablement nationale, il est nécessaire de confier son pilotage à une entité qui soit :

  • neutre politiquement,
  • autonome vis-à-vis de l’Exécutif,
  • représentative de toutes les composantes de la société,
  • ancrée dans les traditions locales,
  • capable d’organiser un processus participatif et transparent.

Dans les sections suivantes, l’orientation vers une base communautaire, le fokonolona, s’impose comme l’alternative la plus solide et la mieux adaptée au contexte malgache.