PRÉAMBULE
Le dimanche 16 novembre 2025, lors de son adresse à la Nation, le Président de la Refondation de la République de Madagascar, Michaël RANDRIANIRINA, a annoncé son intention de confier à la FFKM la conduite du processus de réconciliation nationale et de démarrer la concertation au niveau des Régions, avant de la porter à l’échelle du pays, sous l’orchestration du Ministère de la Refondation auprès de la Présidence.
Cette annonce intervient dans un contexte de profond bouleversement politique, quelques semaines après les événements du 25 septembre 2025, et dans un climat où la population réclame un changement réel et durable dans la gouvernance du pays.
Cette orientation présente, de prime abord, plusieurs éléments positifs. La FFKM jouit d’une légitimité morale considérable, fruit de son histoire et de son rôle dans les grandes transitions politiques du pays. Sa capacité à rassembler, à dialoguer et à jouer un rôle de médiateur lui confère un statut particulier dans la société malgache. Dans les périodes de crise, elle a souvent su apaiser les tensions et créer un espace de dialogue lorsque les institutions politiques étaient paralysées.
Néanmoins, malgré cette légitimité, confier la réconciliation nationale à une institution religieuse soulève également des interrogations importantes. Madagascar est un pays pluriel, traversé par des sensibilités religieuses, culturelles, sociales et politiques diverses. Un processus de refondation républicaine doit refléter cette pluralité. Il doit être inclusif, neutre, et s’adresser à tous les citoyens sans exception. Or, la place centrale accordée à la FFKM peut donner le sentiment que la réconciliation est portée par un acteur qui, bien que respecté, ne représente pas l’ensemble du tissu social, ni toutes les convictions du pays. Une démarche de refondation ne peut être perçue comme appartenant à un seul groupe, même s’il est influent : elle doit être vue comme la résultante de la volonté commune des Malgaches.
À ces interrogations s’ajoute une autre dimension tout aussi essentielle : le choix de démarrer la concertation au niveau des Régions. Là encore, la logique peut sembler cohérente, puisqu’il s’agit de structures administratives établies, qui couvrent l’ensemble du territoire et disposent d’un cadre institutionnel clair. Elles pourraient, en théorie, servir de relais pour organiser les débats et structurer les premières discussions.
Cependant, cette approche présente aussi des limites significatives, qu’il convient d’examiner attentivement. Les Régions sont des espaces fortement politisés, où les rapports de force locaux, les rivalités administratives et les influences partisanes sont prégnants. En plaçant la première étape de la concertation à ce niveau, on risque de reproduire les mêmes dynamiques qui ont contribué, par le passé, à éloigner les institutions de la population. Les voix citoyennes peuvent y être filtrées, réinterprétées ou diluées dans des enjeux politiques qui ne reflètent pas nécessairement les préoccupations réelles du terrain.
De plus, le fait que l’ensemble du processus soit orchestré par un ministère rattaché à la Présidence peut être perçu comme une centralisation excessive. Même sans intention de manipuler le déroulement du dialogue, ce cadre institutionnel peut susciter un déficit de confiance, dans un pays où la méfiance envers les structures étatiques reste élevée. Un processus de réconciliation piloté depuis le sommet peut être perçu comme descendant, alors même que les Malgaches réclament une démarche participative, venant de la base, ancrée dans leurs réalités quotidiennes.
Ainsi, tout en reconnaissant l’intérêt de mobiliser les institutions religieuses et les structures administratives existantes, il apparaît nécessaire d’explorer une autre voie : une voie plus enracinée, plus inclusive et plus légitime, qui permette de replacer la population au cœur de la refondation nationale.
Une voie qui ne commence ni par les élites, ni par les institutions intermédiaires, mais par la communauté elle-même : le fokonolona, véritable socle social et culturel de Madagascar.
📋 Table des matières
- Un pays, une voix, un avenir : la Concertation Nationale par les Fokonolona
- Préambule
- A nos propos
- Introduction
- Histoire des crises : une répétition structurelle
- Les revendications populaires : un appel à la justice, la dignité et la redistribution
- Les réponses du pouvoir actuel : opportunités et limites
- Le Fokonolona : fondement historique, institutionnel et social d'une concertation authentique
- Proposition d'organisation : partir de la base pour construire la nation
- Conclusion : pour une refondation durable, populaire et partagée

