Concertation nationale par les fokonolona : une refondation durable de Madagascar - LE FOKONOLONA : FONDEMENT HISTORIQUE, INSTITUTIONNEL ET SOCIAL D’UNE CONCERTATION AUTHENTIQUE

LE FOKONOLONA : FONDEMENT HISTORIQUE, INSTITUTIONNEL ET SOCIAL D’UNE CONCERTATION AUTHENTIQUE

Pour réussir une véritable refondation nationale, il est indispensable que la parole citoyenne ne soit pas seulement “consultée”, mais qu’elle serve de socle au processus.
Dans l’histoire malgache, aucun cadre n’incarne autant cette légitimité populaire que le fokonolona, institution communautaire ancestrale fondée sur la participation, la délibération collective et la responsabilité sociale.

Dans un contexte où la confiance envers les institutions étatiques est faible, le fokonolona constitue le seul espace où les Malgaches se reconnaissent encore pleinement comme membres d’une communauté politique vivante.

Le fokonolona : une institution ancestrale de gouvernance locale

Le fokonolona est au cœur de la société malgache depuis des siècles.

Bien avant l’État moderne, il structurait déjà :

  • la gestion des terres,
  • la résolution des conflits,
  • l’entraide communautaire,
  • la prise de décision collective,
  • l’organisation sociale du village ou du quartier.

Ses principes fondamentaux reposent sur :

  • la participation directe de chaque membre de la communauté,
  • le consensus comme mode de décision,
  • la transparence,
  • la responsabilité collective,
  • le fihavanana, ciment social basé sur la solidarité et la cohésion.

Dans un pays où la démocratie représentative souffre d’un déficit de légitimité, le fokonolona incarne une démocratie de proximité, naturelle, enracinée, comprise et pratiquée par tous.

Le fokontany : une structure administrative moderne, mais souvent perçue comme distante

Le fokontany, créé par l’État moderne, remplit une fonction administrative :

  • gestion des papiers d’identité,
  • recensement,
  • présence de l’administration au niveau local,
  • relais des directives gouvernementales.

Il joue un rôle utile, mais il souffre de plusieurs limites :

  • il est perçu comme un bras de l’État, non comme une instance de la communauté,
  • ses responsables sont souvent nommés ou influencés politiquement,
  • il fonctionne selon des logiques administratives, non participatives.

Ainsi, le fokontany ne possède ni la légitimité culturelle, ni la légitimité sociale du fokonolona.
Les deux coexistent sur le même territoire, mais ils ont des fonctions, des logiques et des légitimités différentes.

Une complexité administrative qui fragilise l’action publique

La superposition du fokonolona (tradition communautaire) et du fokontany (découpage administratif de l’État) crée une dualité institutionnelle qui complique :

  • la prise de décision,
  • la mobilisation du citoyen,
  • la cohérence des politiques publiques,
  • la capacité de l’État à comprendre les besoins réels des communautés.

Cette fracture entre État moderne et tradition communautaire est l’une des raisons pour lesquelles de nombreuses politiques publiques échouent à produire des résultats visibles.

La concertation nationale représente donc une occasion historique de :

  • réconcilier ces deux logiques,
  • clarifier les rôles,
  • et surtout redonner toute sa place au fokonolona comme espace d’expression citoyenne.

Pourquoi le fokonolona doit être la base d’une concertation nationale

Trois raisons majeures justifient que le processus de refondation commence au niveau du fokonolona :

Légitimité sociale et culturelle incontestable

Le fokonolona n’est pas seulement une structure : c’est l’identité même de la gouvernance malgache.
Il représente un espace où chaque voix compte réellement.

Neutralité naturelle et faible politisation

Contrairement aux structures administratives ou religieuses :

  • le fokonolona n’appartient à aucun parti,
  • n’est pas perçu comme un organe de l’État central,
  • et permet un dialogue moins biaisé par les rapports de pouvoir.

Participation citoyenne réelle

La refondation ne sera solide que si elle s’appuie sur :

  • des discussions transparentes,
  • des propositions issues de la base,
  • un consensus local porté ensuite au niveau national.

Le fokonolona est le seul cadre où l’on peut garantir une mobilisation massive, authentique et représentative.

Une chance historique de reconstruire la légitimité de l’État

En donnant la priorité au fokonolona, l’État réaliserait un geste politique majeur :
reconnaître la sagesse communautaire, restaurer la confiance, et replacer le citoyen au centre de la décision publique.

La refondation nationale ne doit pas être un événement politique de plus, mais un processus qui répare la relation brisée entre l’État et le peuple.