Concertation nationale par les fokonolona : une refondation durable de Madagascar - HISTORIQUE DES CRISES : UNE RÉPÉTITION STRUCTURELLE

HISTORIQUE DES CRISES : UNE RÉPÉTITION STRUCTURELLE

Depuis l’indépendance en 1960, Madagascar traverse des cycles de crises politiques qui, loin d’être des ruptures imprévisibles, traduisent des fractures structurelles profondes : défiance envers les élites, faiblesse institutionnelle, injustice sociale, concentration du pouvoir et absence de mécanismes de régulation consensuels.

Les crises se ressemblent, leurs déclencheurs diffèrent, mais les causes sont récurrentes.

Le rejet d’un pouvoir perçu comme autoritaire et déconnecté (Crise de 1972)

La première grande rupture post-indépendance s’enracine dans un sentiment généralisé de confiscation du pouvoir.

En 1972, la contestation populaire traduit une exaspération face à un régime jugé éloigné des réalités sociales, incapable de répondre aux attentes d’une jeunesse urbanisée et d’une population confrontée aux inégalités croissantes.

Le pays inaugure alors un cycle :

  • montée des frustrations,
  • radicalisation de la rue,
  • effondrement d’un pouvoir qui n’a pas su anticiper.

Les tensions idéologiques et militaires (Crise de 1975)

La crise de 1975 ne résulte pas seulement d’une lutte politique : elle révèle une confrontation entre plusieurs visions du pays, instrumentalisant l’armée comme arbitre des équilibres nationaux.
Ce moment inaugure un second cycle récurrent : la tentation de mettre les institutions entre parenthèses pour résoudre des désaccords politiques, au détriment de la stabilité et de la continuité de l’État.

L’effondrement économique des années 80 et la contestation sociale

Face au déclin économique sévère, aux pénuries et à l’absence de perspectives, les années 80 voient la population exprimer un ras-le-bol social généralisé.

Le mal-développement devient un moteur de contestations qui visent autant l’État que la structure même du système économique.

Cette période marque l’entrée d’un nouveau facteur dans les crises malgaches :
l’incapacité chronique du modèle économique à réduire la pauvreté et à distribuer équitablement les opportunités.

La demande de démocratisation et l’appel à un nouvel ordre politique (1991)

En 1991, une mobilisation d’ampleur nationale porte une revendication claire : la démocratisation.
La population aspire à un système pluraliste, transparent et représentatif.

Mais cette quête, jamais pleinement consolidée, va devenir une source de fragilité :
chaque échéance électorale majeure devient un terrain de confrontation, faute d’institutions solides capables d’arbitrer les conflits.

Les crises électorales à répétition (2002, 2018)

En 2002 puis en 2018, le cœur du problème est le même : la contestation de la légitimité issue des urnes.

Les crises électorales naissent de :

  • suspicions de fraude,
  • absence de confiance dans les organes de régulation,
  • personnalisation excessive du pouvoir,
  • manque de transparence dans les processus.

À chaque fois, la rue devient le dernier recours pour trancher des disputes institutionnelles, faute de confiance dans les mécanismes officiels.

Une rupture institutionnelle majeure (2009)

La crise de 2009 confirme la fragilité des contre-pouvoirs.

Lorsque les institutions sont perçues comme verrouillées ou inéquitables, les acteurs politiques cherchent des solutions extraconstitutionnelles.

Cette rupture renforce le sentiment populaire que l’ordre institutionnel est réversible et que l’alternance peut s’obtenir par la confrontation plutôt que par les urnes.

Les tensions entre légitimité et légalité (2023–2025)

Les événements récents prolongent une dynamique déjà observée :

  • suspicion d’abus de pouvoir,
  • perception d’une élite repliée sur ses privilèges,
  • contestation de décisions jugées contraires à l’intérêt général.

Les manifestations de septembre 2025, déclenchées par les coupures massives d’électricité et d’eau, mettent en lumière des facteurs plus profonds : l’explosion, grâce aux réseaux sociaux, d’une conscience populaire des inégalités extrêmes et de l’opulence indécente d’une minorité d’élites ; et surtout, la réponse disproportionnée du pouvoir, marquée par une répression violente.

Cette réaction a consolidé la rupture entre gouvernés et gouvernants et a fait basculer une colère sociale en crise politique.

Un diagnostic commun : des crises qui disent toujours la même chose

Malgré leurs différences, toutes ces crises révèlent cinq constantes :

  • Un pouvoir perçu comme éloigné du peuple.
  • Des institutions trop fragiles pour arbitrer les tensions.
  • Une élite politique régulièrement contestée sur sa moralité et sa légitimité.
  • Des inégalités sociales criantes qui alimentent le ressentiment.
  • L’absence d’un cadre consensuel de dialogue national.

Ainsi, les crises ne sont pas des accidents : elles sont le symptôme d’un système qui n’offre ni équité, ni stabilité, ni mécanismes crédibles de régulation politique.