Un an après le 25 septembre 2025, la Refondation peut-elle vraiment transformer Madagascar face aux anciennes pratiques, réseaux et résistances du système ?

Un an après le 25 septembre : la Refondation face à l’ancien système

Un an après le 25 septembre 2025, Madagascar a changé de pouvoir. Mais a-t-il réellement changé de système ? Entre anciennes pratiques qui résistent, recompositions politiques et dysfonctionnements jusque dans l’entourage du nouveau pouvoir, la Refondation entre désormais dans sa phase la plus difficile : celle où les promesses doivent devenir des méthodes, des règles et des résultats.

Un an après le 25 septembre 2025, la question n’est peut-être plus seulement de savoir ce qui a changé à Madagascar.

Elle est désormais de savoir ce qui résiste au changement.

Le mouvement qui avait commencé autour de revendications très concrètes — l’eau, l’électricité, les conditions de vie — avait rapidement dépassé ces seuls sujets.

Il avait aussi exprimé le rejet de certaines pratiques politiques, de la corruption, du manque de responsabilité publique et d’un système dans lequel une partie de la population, notamment les jeunes, ne se reconnaissait plus.

Un an plus tard, Michaël Randrianirina est à la tête de la Refondation.

Des consultations ont été engagées. Des réformes sont annoncées. Une échéance électorale a été promise. Des projets économiques et sociaux avancent. Sur la scène internationale, Madagascar cherche également à reconstruire ses partenariats et à retrouver une voix plus affirmée.

Il serait donc excessif de prétendre que rien ne se fait.

Mais il serait tout aussi prématuré de considérer que le changement de pouvoir a suffi à produire la Refondation.

Car le système, lui, n’a pas disparu.

Le PRRM reconnaît lui-même que le combat n’est pas terminé

Lors de la commémoration du premier anniversaire du 25 septembre, Michaël Randrianirina n’a pas seulement rendu hommage aux victimes et rappelé le sens du mouvement.

Il a également reconnu que les mauvaises pratiques et la corruption n’avaient pas disparu.

Le message adressé à ceux qui participent aujourd’hui au pouvoir était clair : avoir soutenu le changement ne donne aucun droit particulier à reproduire ce qui était dénoncé hier.

Cette reconnaissance est essentielle.

Elle signifie qu’au sommet même de l’État, la Refondation n’est pas présentée comme un processus achevé.

Et lorsque le PRRM affirme :

« Rehefa tsy tiana aho dia miala » — « Lorsque je ne serai plus voulu, je partirai »,

on peut y entendre une déclaration démocratique.

Mais dans le contexte actuel, on peut aussi y lire une inquiétude plus profonde : celle de voir l’esprit du 25 septembre se diluer dans les pratiques ordinaires de la politique malgache.

Car le principal danger qui menace aujourd’hui la Refondation ne vient peut-être pas seulement de ceux qui s’y opposent.

Il peut également venir de ceux qui se réclament désormais d’elle.

Quand l’ancien système apprend à changer de couleur

Les recompositions politiques intervenues depuis la chute de l’ancien pouvoir illustrent parfaitement ce paradoxe.

Le Vovonan’ny Fihavaozan’i Madagasikara, le VFM, en constitue l’un des exemples les plus révélateurs.

Cette plateforme rassemble des élus d’origines diverses, mais aussi plusieurs députés issus de l’ancienne majorité IRMAR et d’anciens soutiens d’Andry Rajoelina.

Ces ralliements ne prouvent pas, à eux seuls, l’existence d’un calcul opportuniste.

Un élu peut évoluer.

Il peut reconnaître les erreurs d’un pouvoir qu’il a soutenu.

Il peut sincèrement choisir de participer à une nouvelle orientation politique.

Mais le changement d’étiquette ne peut pas constituer, à lui seul, une preuve de transformation.

La vraie question est ailleurs :

les pratiques changent-elles avec les alliances ?

Les élus qui rejoignent aujourd’hui la Refondation accepteront-ils davantage de transparence, de contrôle et de responsabilité devant leurs électeurs ?

Accepteront-ils des réformes qui pourraient remettre en cause leurs propres avantages politiques ?

Ou assisterons-nous simplement à la reconstitution d’anciens réseaux autour d’un nouveau centre de pouvoir ?

C’est probablement l’un des tests politiques les plus importants des prochains mois.

Car un système peut survivre à la disparition de ceux qui le dirigeaient.

Il lui suffit parfois de changer de couleur.

La Refondation se joue aussi autour du Président

Il serait cependant trop facile de regarder uniquement du côté des anciens élus.

Une partie du défi se trouve aujourd’hui à l’intérieur même du nouveau pouvoir.

Un chef de l’État peut porter une vision politique.

Mais une vision ne devient réalité que si l’administration et les personnes chargées de la mettre en œuvre disposent de la compétence, de la rigueur et de la capacité d’exécution nécessaires.

Or plusieurs épisodes récents interrogent.

La préparation de la commémoration du 25 septembre en a offert un exemple particulièrement révélateur.

La journée devait être chômée et payée.

Puis elle ne devait plus l’être.

Une information officielle était publiée, puis contestée.

Depuis New York, le président indiquait qu’aucun Conseil des ministres n’avait adopté une telle décision.

Le ministère du Travail revenait ensuite sur ses propres communications.

Quelques heures plus tard, la Primature confirmait finalement qu’un décret avait bien été pris en Conseil de gouvernement et que le 25 septembre serait effectivement chômé et payé.

Puis venait l’explication d’un piratage de la page Facebook du ministère.

Pris séparément, chacun de ces éléments peut avoir une explication.

Mais leur accumulation produit une question simple :

qui maîtrise réellement la communication publique de l’État ?

Cette question prend d’autant plus de poids que le site officiel de la Présidence est lui aussi indisponible depuis un certain temps, privant citoyens, journalistes et professionnels d’un canal qui devrait précisément permettre de retrouver communiqués, décisions et documents de référence.

Un site internet en panne n’est évidemment pas, à lui seul, la preuve d’un dysfonctionnement politique majeur.

Mais dans une période où le nouveau pouvoir affirme vouloir reconstruire la confiance dans les institutions, la qualité de l’information officielle n’est pas un détail.

Elle fait partie de la gouvernance.

Refonder, c’est aussi savoir se séparer

C’est ici que la responsabilité personnelle du PRRM entre pleinement en jeu.

On ne peut pas présenter indéfiniment le président comme un homme de bonne volonté freiné par un système ancien.

Un chef de l’État est aussi responsable de ceux qu’il choisit pour l’entourer.

S’il constate que certains services ne fonctionnent pas, que certaines décisions sont mal exécutées ou que certains collaborateurs ne sont pas à la hauteur des responsabilités qui leur ont été confiées, il devra agir.

Corriger.

Réorganiser.

Et, lorsque cela devient nécessaire, se séparer de certaines personnes.

La Refondation perdrait une partie de son sens si elle exigeait une remise en question permanente de l’ancien pouvoir mais refusait d’appliquer la même exigence à son propre fonctionnement.

C’est probablement l’un des pièges les plus difficiles à éviter pour tout nouveau régime.

Il est toujours plus simple de dénoncer les défaillances de ceux qui étaient là avant.

Il est beaucoup plus difficile de reconnaître rapidement celles de son propre camp.

Pourtant, c’est aussi cela, refonder.

Changer de Président est rapide. Changer de système l’est beaucoup moins.

Le 25 septembre 2025 a provoqué une rupture politique.

Mais une rupture n’est pas encore une transformation.

Les anciens réflexes administratifs existent encore.

Les intérêts politiques existent encore.

La corruption existe encore.

Les élus savent se repositionner.

Les administrations peuvent conserver leurs habitudes.

Et les nouveaux responsables eux-mêmes peuvent reproduire, parfois très rapidement, les pratiques qu’ils dénonçaient avant d’arriver au pouvoir.

C’est précisément ce que le PRRM semble avoir compris lorsqu’il avertit que les mauvaises pratiques ne doivent pas revenir.

Mais cette lucidité devra maintenant produire des décisions.

La question n’est donc plus seulement :

Michaël Randrianirina veut-il changer Madagascar ?

Elle devient :

aura-t-il la capacité de changer un système qui sait résister, se recomposer et parfois récupérer ceux qui prétendent le transformer ?

Et surtout :

aura-t-il la volonté de regarder avec la même exigence ceux qui l’entourent que ceux qui gouvernaient avant lui ?

La Refondation ne se mesurera pas au nombre de ralliements

Un an après le 25 septembre, l’erreur serait peut-être de mesurer la solidité du nouveau pouvoir au nombre d’élus, de partis, de plateformes ou de personnalités qui déclarent désormais le soutenir.

Une Refondation n’est pas une coalition plus large.

Ce n’est pas davantage une nouvelle distribution des mêmes positions.

Elle doit modifier les règles du jeu.

Renforcer les contre-pouvoirs.

Rendre l’État plus lisible.

Rendre les décisions plus transparentes.

Faire en sorte qu’un citoyen puisse savoir qui décide, pourquoi et sur quelle base.

Et permettre aux jeunes qui ont porté la rupture de 2025 de continuer à demander des comptes sans être obligés de reprendre la rue pour être entendus.

Car le véritable héritage du 25 septembre ne devrait pas être uniquement la chute d’un pouvoir.

Il devrait être la construction d’un système dans lequel une telle rupture ne devienne plus nécessaire.

Un an après, la véritable bataille commence peut-être seulement maintenant.

La réussite de la Refondation ne se mesurera pas au nombre de personnes qui affirment aujourd’hui la soutenir.

Elle se mesurera à sa capacité à empêcher les anciennes pratiques de survivre sous de nouveaux noms.

À sa capacité à transformer ses promesses en règles et en résultats.

Et à sa capacité, lorsque ses propres faiblesses apparaissent, à se refonder elle-même.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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