Le président de Madagascar face au défi de la refondation, six mois après la chute d’Andry Rajoelina

Six mois après la chute de Rajoelina, la refondation peine à émerger

Plus de six mois après la chute d’Andry Rajoelina, le contraste est saisissant. Les premiers discours du nouveau président avaient pourtant allumé une étincelle. Ils avaient suscité un souffle d’espoir, porté par l’idée qu’un nouveau cap était possible pour Madagascar. Beaucoup voulaient y croire. Beaucoup ont voulu y voir le début d’une rupture.

Mais aujourd’hui, le doute s’installe.

Un espoir qui se heurte au réel

Car au fil des mois, une impression gagne du terrain : celle d’un président progressivement isolé, encerclé par les mêmes cercles, les mêmes réflexes et les mêmes logiques qui, depuis des décennies, accompagnent la décadence du pays. Autour de lui, trop de visages, trop de pratiques et trop de discours rappellent un vieux système qui sait survivre à tous les régimes, à toutes les transitions et à toutes les promesses de changement.

Quand les mauvais conseils prennent le dessus

Le problème n’est pas seulement politique. Il est aussi structurel. Lorsqu’un pouvoir se coupe de la réalité, il finit toujours par entendre davantage ceux qui parlent pour préserver leurs intérêts que ceux qui alertent sur l’urgence nationale. Les mauvais conseils prospèrent alors sur les mauvaises informations. Et dans ce brouillard, les priorités du pays deviennent secondaires.

C’est sans doute là que se trouve aujourd’hui le nœud du problème.

Une refondation encore sans colonne vertébrale

Car si la Refondation peine à émerger, ce n’est pas seulement à cause du temps ou de la complexité de la tâche. C’est aussi parce qu’elle donne trop souvent le sentiment de manquer de méthode, de moyens et de colonne vertébrale. On annonce, on communique, on met en scène. Mais sur le fond, l’élan tarde à se traduire en organisation lisible, en cap clair et en résultats concrets.

À force, le décalage devient préoccupant.

Trop de décors, pas assez de réponses

Pendant que le peuple attend des réponses sur le coût de la vie, l’eau, l’électricité, l’emploi, la justice, les infrastructures ou encore la gouvernance, le pouvoir donne parfois l’impression de se satisfaire de séquences symboliques, de manifestations officielles et de cérémonials bien servis. Trop de petits fours, pas assez de grands chantiers. Trop d’apparat, pas assez de profondeur. Trop de communication, pas assez de transformation.

Or Madagascar n’a plus le luxe des illusions.

Le pays attend une refondation utile

Le pays n’attend pas une refondation décorative. Il attend une refondation utile, sérieuse, méthodique et courageuse. Une refondation qui parte des préoccupations premières de la majorité des Malgaches, et non des intérêts croisés de ceux qui gravitent autour du pouvoir. Une refondation qui écoute davantage les réalités du terrain que les récits confortables des antichambres du palais.

Secouer enfin les cocotiers du palais

Il est donc temps, pour le président, de secouer les cocotiers du palais.

Il est temps de repousser les murs politiques et psychologiques qui l’enferment. Il est temps d’éloigner les mauvais conseillers, les gardiens du statu quo, les courtiers de l’influence et tous ceux qui n’approchent le pouvoir que pour mieux le capter à leur profit. Il est temps, surtout, d’ouvrir plus largement la porte à une nouvelle génération, aux jeunes, aux compétences sincères, aux énergies encore intactes, à celles et ceux qui n’ont pas encore été formatés par les routines d’un système à bout de souffle.

Le risque du tête-à-tête avec l’illusion

Car l’histoire malgache a déjà montré ce que produit un pouvoir enfermé dans son propre palais : il finit par ne plus voir le pays réel.

Et le danger est là. Si rien ne change, si le président continue de se laisser enfermer dans ce cercle étroit, il pourrait un jour se retrouver, comme d’autres avant lui, face à une foule acquise en apparence, un public discipliné en façade, et devoir reconnaître trop tard qu’il a été mal informé, mal conseillé, et tenu à distance de la vérité du pays par ceux-là mêmes qui prétendaient le servir.

Ce jour-là, il sera peut-être trop tard.

La refondation doit sortir des mots

La Refondation ne peut pas rester un mot, un slogan ou une promesse suspendue. Elle doit devenir une méthode, une organisation, une volonté incarnée et une action visible. Sans cela, l’espoir né de la rupture risque de s’épuiser à son tour, et Madagascar de retomber dans ce cycle trop connu où les hommes changent, mais où le système, lui, demeure.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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