Rentrée politique à Madagascar en 2026 : consultations à Iavoloha, réforme électorale, CENI et préparation des prochaines élections

Rentrée politique à Madagascar : la bataille des règles avant les urnes

À Madagascar, la rentrée politique de septembre 2026 se joue en grande partie au Palais d’État d’Iavoloha. Partis, plateformes politiques et différentes composantes de la société y sont successivement reçus autour d’un sujet central : la préparation des prochaines élections. Mais derrière la question du calendrier électoral se dessine un débat beaucoup plus profond : avec quelles règles, quelles institutions et quelles garanties Madagascar organisera-t-il les prochains scrutins ?

Depuis le 1er septembre, le Palais d’État d’Iavoloha est devenu le point de convergence d’une grande partie de la classe politique malgache.

La plateforme Firaisankina a ouvert la série des rencontres. Ont ensuite été reçus, parmi d’autres, le KFIM, l’IRMAR – Isika Rehetra Miaraka amin’i Andry Rajoelina –, le Mouvement Gasikara, le SIAP, le Parti Vert, Arche De La Nation (ADN), le Kolektifan’ny Malagasy, le FFM ou encore le Malagasy Miara-Miainga (MMM).

La société civile et d’autres composantes des forces vives sont également concernées par cette démarche.

Au moment où nous écrivons ces lignes, ces consultations doivent encore se poursuivre jusqu’au 8 septembre.

Des représentants des Nations unies, de l’Union africaine et de la SADC assistent par ailleurs à certaines rencontres en qualité d’observateurs.

Cette succession d’audiences marque incontestablement la rentrée politique. Mais elle pose immédiatement une première question : s’agit-il d’un véritable dialogue politique ou, pour le moment, d’une consultation des différentes forces en présence ?

Consultation ou dialogue politique ?

La nuance n’est pas seulement sémantique.

Elle a notamment été soulignée par Rivo Rakotovao, président du HVM – Hery Vaovao ho an’i Madagasikara : les rencontres actuelles relèvent d’une consultation et non encore d’un dialogue politique susceptible de déboucher sur une résolution commune.

Dans une consultation, chaque acteur expose ses analyses, ses préoccupations et ses propositions.

Un véritable dialogue politique suppose une étape supplémentaire : confronter les positions, identifier les désaccords, négocier des compromis et, idéalement, parvenir à des règles acceptées par les différentes parties.

C’est probablement là que se situera l’un des principaux enjeux des prochaines semaines.

Car les partis et plateformes reçus à Iavoloha ne partagent évidemment pas tous la même lecture de la situation politique, ni nécessairement les mêmes priorités.

L’IRMAR, par exemple, affirme être disposé au dialogue mais pose plusieurs préalables en matière d’apaisement politique et de libertés publiques.

D’autres formations insistent davantage sur la nécessité de réformer en profondeur le système électoral avant d’organiser les prochains scrutins.

Avant la bataille des candidats, celle des règles du jeu

La particularité de cette rentrée politique est justement là.

La question n’est pas encore principalement : qui sera candidat ?

Elle devient d’abord :

dans quelles conditions auront lieu les prochaines élections ?

Cette interrogation renvoie à plusieurs dossiers qui dépassent largement la seule fixation d’une date électorale.

La composition et le fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la fiabilité du registre électoral, l’encadrement des campagnes, le financement politique, l’accès aux médias, le traitement des infractions électorales ou encore la participation éventuelle des Malagasy de l’étranger sont autant de sujets susceptibles d’entrer dans le débat.

La CENI a d’ailleurs engagé depuis le 28 juillet une refonte totale des listes électorales et du Registre électoral national.

L’objectif annoncé est ambitieux : parvenir à une nouvelle base pouvant compter autour de quatorze millions d’électeurs, avec une liste définitive prévue pour avril 2027.

Cette opération est fondamentale.

Les listes électorales ont régulièrement constitué l’un des points de contestation des scrutins passés. Sans registre fiable et largement accepté, aucune réforme institutionnelle ne suffira à elle seule à restaurer la confiance dans les élections.

Faut-il aller vite aux élections ou réformer d’abord ?

Une autre ligne de débat apparaît déjà : celle du calendrier.

La feuille de route de la Refondation prévoit notamment une réforme de la gouvernance électorale, l’élaboration d’une Constitution de la Ve République puis l’organisation des élections, avec une présidentielle annoncée au plus tard en novembre 2027.

Mais le calendrier pose une question politique classique dans les périodes de transition.

D’un côté, organiser rapidement des élections permettrait de retrouver des institutions disposant d’une légitimité directement issue des urnes et d’éviter qu’une situation transitoire ne se prolonge indéfiniment.

De l’autre, aller trop vite sans modifier les mécanismes qui ont alimenté les contestations précédentes pourrait conduire Madagascar à reproduire les mêmes difficultés.

Faut-il donc d’abord élire, puis réformer ? Ou faut-il d’abord réformer pour que les prochaines élections soient réellement crédibles et acceptées ?

Cette question pourrait devenir l’une des principales lignes de fracture de la rentrée politique.

Elle explique également pourquoi les discussions autour de la CENI, du registre électoral et de la future Constitution prennent autant d’importance.

Les partis commencent à avancer leurs propositions

Autre élément intéressant de cette rentrée : plusieurs formations ne se contentent plus de déclarations générales et commencent à mettre sur la table des propositions institutionnelles.

Arche De La Nation défend par exemple son projet de « Refondation à la base » et son concept de Federalisma Sahaza, fondé sur une redistribution plus importante du pouvoir vers les territoires.

Le MMM a, de son côté, profité de son passage à Iavoloha le 3 septembre pour remettre deux documents de travail : une avant-proposition de loi organique relative au régime général des élections et des référendums ainsi qu’un avant-projet portant sur le statut de la CENI.

Ses propositions abordent notamment le registre électoral, le financement et le contrôle des campagnes, l’accès aux médias, les opérations de vote, la publication des résultats, les infractions électorales ou encore la participation des Malagasy établis à l’étranger.

D’autres formations disposent également de leurs propres visions de la réforme institutionnelle.

Ce déplacement du débat est intéressant.

Dans un paysage politique souvent dominé par les personnalités et les rapports de force, discuter des institutions et des règles constitue déjà une évolution qui mérite d’être suivie.

Encore faudra-t-il que ces propositions puissent être comparées, débattues et, surtout, mises à la disposition des citoyens.

Des partis très visibles à Iavoloha… mais beaucoup moins entre deux rendez-vous politiques

Cette rentrée révèle en effet un autre paradoxe du paysage politique malgache.

Lorsqu’une élection approche, lorsqu’une crise survient, lorsqu’un congrès est organisé ou lorsque le Palais d’État convoque les forces politiques, les partis réapparaissent fortement dans l’espace médiatique.

Mais entre ces rendez-vous, suivre régulièrement leur activité, leurs propositions et l'évolution de leurs programmes reste souvent beaucoup plus difficile.

Certains partis commencent à structurer davantage leur communication numérique. D’autres restent principalement visibles à travers les déclarations de leurs dirigeants, les réseaux sociaux ou les comptes rendus publiés par les médias.

Pour un citoyen souhaitant simplement connaître le programme d’une formation, ses propositions institutionnelles ou retrouver ses prises de position quelques années auparavant, la recherche peut rapidement devenir compliquée.

Cette faiblesse de la présence numérique des partis malgaches mérite à elle seule une analyse.

Nous y reviendrons prochainement.

Une rentrée qui ne fait que commencer

Pour l’heure, Iavoloha constitue surtout le premier acte d’une séquence politique qui devrait s’étendre sur plusieurs mois.

Les consultations permettent aux différents acteurs de présenter leurs positions. Elles ne permettront toutefois de mesurer une véritable avancée que lorsqu’apparaîtront les éventuels points de convergence et les arbitrages qui en découleront.

Le véritable test sera donc l’après-Iavoloha.

Quelles propositions seront retenues ?

La réforme de la CENI ira-t-elle suffisamment loin pour restaurer la confiance ?

Les acteurs politiques parviendront-ils à un accord sur le calendrier et sur les règles électorales ?

Et surtout, ces discussions permettront-elles d'éviter que les prochaines élections ne débouchent une nouvelle fois sur une contestation du processus lui-même ?

La rentrée politique malgache de 2026 ne semble donc pas encore être celle des candidatures.

Elle est d’abord celle de la bataille des règles avant celle des urnes.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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