Communiqué 107/2026 présenté à la SADC le 28 février 2026 – Programme de la refondation (Fandaharanasan’ny Fanavaozana)

Refondation : le premier acte aurait dû être la publication

Ce 28 février 2026, la Présidence de la République de Madagascar publie un communiqué intitulé :

« Natolotra ny SADC androany 28 Febroary 2026 – Ny Fandaharanasan’ny Fanavaozana »
(Présenté à la SADC ce 28 février 2026 – Le Programme de la Refondation).

Le texte, numéroté 107/2026, daté et signé, indique que le Programme de la Refondation a été officiellement présenté à la SADC, dans le cadre d’une décision actée en décembre 2025 mettant fin au mécanisme régional issu de la crise de 2009.

Il ne s’agit pas d’un retour sur 2009, ni d’une assimilation de la situation actuelle à cette période. Au contraire, le communiqué précise que le contexte institutionnel présent ne relève plus du cadre exceptionnel instauré à l’époque.

Le message est donc double :

  • clarification institutionnelle,
  • affirmation de normalité.

Mais une question demeure.

Si un programme est suffisamment structuré pour être présenté à une organisation régionale, pourquoi n’est-il pas pleinement accessible aux citoyens ?

Un programme présenté, mais peu accessible

Le titre même du communiqué place le centre de gravité ailleurs : il s’agit de la présentation officielle du Programme de la Refondation à la SADC.

Cela dépasse la simple clôture d’un mécanisme ancien. Cela engage une vision, une orientation, un cadre politique structurant.

Or, à l’heure où ces lignes sont écrites, ce document ne figure pas clairement dans les archives accessibles du site officiel de la Présidence.

La page des décrets demeure vide. Le dernier communiqué officiellement archivé remonte au 31 décembre 2025.

Ce constat est factuel. La question n’est pas polémique. Elle est méthodologique.

La refondation commence par la publicité des bases

Refonder suppose un changement de méthode.

Un programme présenté à la SADC devrait, par cohérence démocratique, être simultanément :

  • publié intégralement,
  • accessible,
  • archivé,
  • consultable par tous.

La refondation ne peut être uniquement verticale — État vers organisation régionale. Elle doit être horizontale — État vers Nation.

La transparence n’est pas un supplément. Elle est la condition de l’adhésion.

Le problème n’est pas technique

Le site officiel de la Présidence fonctionne sous CMS Joomla. La mise en ligne d’un communiqué ou d’un décret est techniquement simple :

  • publication immédiate,
  • archivage structuré,
  • indexation,
  • accessibilité permanente.

L’outil existe.

La question est donc organisationnelle.

Qui valide ?
Qui publie ?
Quel est le circuit interne de diffusion ?

Une refondation exige une méthode. Or la méthode commence par la traçabilité.

Entre communication réactive et administration structurée

Ces derniers mois, la communication institutionnelle semble davantage mobilisée dans la réaction aux débats des réseaux sociaux que dans la consolidation d’une mémoire administrative accessible.

Il n’est pas illégitime, à l’ère numérique, que des membres du cabinet présidentiel investissent ces plateformes. C’est devenu un canal incontournable.

Il arrive ainsi que des responsables interviennent directement pour recadrer ou répondre à certains influenceurs. La démarche se veut pédagogique. Mais elle expose aussi l’institution à un terrain qui n’est pas le sien.

Ces échanges, parfois suivis de réponses cinglantes et sans filtre, transforment le débat institutionnel en confrontation numérique instantanée. Or une Présidence ne peut durablement se placer sur le même plan qu’un compte personnel.

Les réseaux sociaux privilégient l’instant. L’État doit privilégier la structure.

Les selfies, la visibilité immédiate, les formats courts appartiennent à l’époque — et il serait vain de l’ignorer. Mais lorsqu’il s’agit d’un programme concernant près de 32 millions de Malgaches, la priorité devrait être ailleurs.

Avant la mise en scène, il y a la mise en ligne. Avant la réaction, il y a l’archivage. Avant la pédagogie, il y a la traçabilité.

Un autre signal préoccupant

Le ministère en charge de la Refondation nationale — qui porte pourtant un chantier présenté comme structurant pour l’avenir institutionnel du pays — ne dispose pas encore d’un site web dédié ni d’une plateforme numérique centralisée pour organiser et archiver la concertation annoncée.

Dans le même temps, des initiatives citoyennes ont déjà structuré des espaces numériques de réflexion.

À titre d’exemple, Soa i Madagasikara a publié sa propre contribution sur la refondation, accessible publiquement ici.

Ce contraste interroge. La société civile dispose parfois déjà des outils numériques de publication que l’institution tarde à mettre en place.

Le véritable chantier

Au-delà des clarifications politiques, le défi est plus large.

La refondation ne peut être uniquement institutionnelle. Elle doit être administrative et numérique.

Refonder, c’est :

  • standardiser la publication des actes,
  • assurer l’archivage public,
  • structurer l’accès à l’information,
  • garantir la traçabilité.

Sans cette base, la refondation reste un mot. Avec cette base, elle devient un processus.

Une question simple

Si un programme est suffisamment abouti pour être présenté à la SADC, pourquoi ne serait-il pas simultanément publié pour les citoyens ?

La clarification du jour affirme la normalité institutionnelle. Très bien. Mais la méthode employée pour diffuser cette clarification devient, elle aussi, un signal.

La refondation commence peut-être ici : publier, archiver, partager.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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