Remise et présentation de la feuille de route de la Refondation à Madagascar devant les institutions et partenaires internationaux, alors que le peuple malagasy attend une méthode claire et participative.

Refondation à Madagascar : beaucoup de présentations, mais où est le peuple ?

Depuis plusieurs mois, la Refondation est annoncée, expliquée, présentée, relancée. Elle a été évoquée devant la SADC, devant l’Assemblée nationale, auprès des jeunes, puis devant la communauté internationale. Désormais, les concertations nationales sont annoncées pour le mois de mai, avec un départ prévu depuis les fokontany et les communes.

Sur le papier, l’intention peut sembler cohérente. Partir de la base, écouter les citoyens, faire remonter les aspirations locales, puis construire une nouvelle République à partir du réel : c’est exactement ce que beaucoup de Malagasy attendent depuis longtemps.

Mais à force de présentations successives, une question devient incontournable : à qui parle réellement la Refondation ?

Au peuple malagasy ?
À la SADC ?
Aux diplomates ?
Aux bailleurs de fonds ?
Aux partenaires internationaux ?
Ou aux mêmes cercles qui, depuis des années, gravitent autour de tous les grands processus institutionnels du pays ?

Une Refondation d’abord présentée aux autres ?

Le 28 février 2026 marque une première séquence importante. La Refondation est alors présentée ou remise à la SADC, dans le cadre des engagements attendus par l’organisation régionale. Cette étape répondait à une exigence diplomatique et institutionnelle : Madagascar devait présenter un rapport sur l’état de préparation du dialogue ainsi qu’un projet de feuille de route nationale. La SADC avait également demandé des mises à jour périodiques et une coordination avec l’Union africaine et les partenaires internationaux.

Ensuite, le 13 avril 2026, le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison présente la politique générale de l’État dédiée à la Refondation devant l’Assemblée nationale. Le lendemain, le 14 avril, le gouvernement lance officiellement la Concertation nationale des jeunes pour la Refondation au CCI Ivato, avec l’objectif annoncé de recueillir les aspirations des jeunes dans les régions, districts et communes.

Puis, le 23 avril 2026, selon l’article de Midi Madagasikara publié le 24 avril, le chantier de la Refondation est de nouveau présenté au ministère des Affaires étrangères, à Anosy, devant la communauté internationale. Le Premier ministre y plaide pour une mobilisation rapide et coordonnée des partenaires, afin de transformer la vision politique en programme soutenu, structuré et financé.

La chronologie devient donc parlante :

  • 28 février 2026 : présentation / remise à la SADC.
  • 13 avril 2026 : présentation devant l’Assemblée nationale.
  • 14 avril 2026 : lancement officiel de la concertation nationale des jeunes.
  • 23 avril 2026 : présentation devant les diplomates et partenaires internationaux.
  • Mai 2026 : lancement annoncé des concertations nationales à partir des fokontany et communes.

À première vue, le processus avance. Mais dans le ressenti citoyen, quelque chose ne décolle pas encore.

Beaucoup de lancements, mais où est le mode d’emploi ?

Le problème n’est plus l’absence d’annonces. Il y en a eu beaucoup. Peut-être même trop.

Le problème, aujourd’hui, est l’absence d’une méthode claire, lisible, publique et compréhensible par tous. On sait qu’il y aura des concertations. On sait que les fokontany et les communes seront concernés. On sait que les jeunes doivent être impliqués. On sait que la communauté internationale sera sollicitée. Mais le peuple malagasy sait-il vraiment comment sa parole sera recueillie, protégée, synthétisée et transformée en décisions ?

Qui participera exactement ?
Qui organisera les débats au niveau local ?
Comment éviter les manipulations politiques ?
Comment empêcher que les mêmes réseaux contrôlent encore la parole citoyenne ?
Qui rédigera les synthèses ?
Qui vérifiera que les propositions venues de la base ne seront pas filtrées, réécrites ou enterrées ?
Et surtout : qui garantira que le peuple ne sera pas simplement consulté pour la forme ?

Voilà le cœur du problème.

La Refondation ne peut pas être seulement une succession de cérémonies, de communiqués, de panels, de réunions ministérielles et de photos officielles. Elle doit devenir un processus populaire, compréhensible, contrôlable et opposable.

Sinon, elle risque de devenir une nouvelle promesse institutionnelle de plus.

Le peuple ne peut pas être le dernier informé

Le malaise vient aussi de l’ordre des priorités symboliques.

On présente à la SADC.
On présente aux députés.
On présente aux jeunes dans un cadre officiel.
On présente aux diplomates.
On demande l’appui des partenaires.
On parle de financement, de structuration, de coordination.

Mais le peuple malagasy, lui, attend toujours une présentation directe, simple, pédagogique et nationale de la feuille de route.

Or c’est bien le peuple qui est concerné en premier. C’est lui qui a souffert des dérives de l’ancien système. C’est lui qui subit la pauvreté, les coupures d’électricité, l’insécurité, la corruption, l’injustice, la faiblesse des services publics et la confiscation de la décision politique. C’est en son nom que l’on parle de Refondation. C’est donc à lui que la première explication aurait dû être faite.

Pas seulement aux chancelleries.
Pas seulement aux institutions régionales.
Pas seulement aux partenaires financiers.
Pas seulement aux techniciens du pouvoir.

Au peuple.

Car une Refondation qui commence par convaincre les bailleurs avant de convaincre les citoyens prend déjà le risque de se tromper de destinataire.

Le risque d’une Refondation transformée en marché institutionnel

Il faut le dire clairement : la communauté internationale financera probablement une partie du processus. C’est même déjà présenté comme une condition de réussite. Midi Madagasikara rapporte que le gouvernement parle de mobilisation rapide et coordonnée des partenaires, tandis que Roland Kobia évoque la nécessité d’un cadre de cogestion et d’une implication accrue des partenaires.

Mais cette perspective pose une vraie question politique.

À Madagascar, les grands processus financés par l’extérieur ont trop souvent produit les mêmes effets : ateliers, formations, missions, consultants, indemnités, perdiem, rapports, séminaires, recommandations… puis très peu de changement concret pour le citoyen ordinaire.

Le danger est là.

La Refondation ne doit pas devenir une nouvelle machine à rémunérer ceux qui gravitent autour de l’État, des projets, des ministères, des partenaires et des circuits de financement. Elle ne doit pas servir à recycler les mêmes acteurs, les mêmes méthodes, les mêmes habitudes, les mêmes intermédiaires.

Si la Refondation devient un programme financé, administré et capté par les mêmes réseaux, alors le peuple malagasy n’aura pas la transformation qu’il réclame. Il aura seulement une nouvelle mise en scène de la réforme.

Et ce serait une trahison de l’espérance née ces derniers mois.

Un climat politique qui se tend

À cette incertitude méthodologique s’ajoute un autre signal préoccupant : le président renforce sa sécurité et n’hésite plus à parler de période trouble ou d’instabilité.

Selon 2424.mg, 14 éléments de la sécurité présidentielle ont bénéficié d’une formation spécialisée assurée par des instructeurs russes. Cette actualité s’inscrit dans un contexte sécuritaire plus large, marqué aussi par une coopération militaire renforcée avec la Russie et des formations déjà évoquées pour les forces armées malgaches.

Bien sûr, un chef d’État peut légitimement renforcer sa sécurité, surtout dans une période politiquement sensible. Personne ne peut nier que Madagascar traverse une phase fragile. Mais le symbole interroge.

Au moment où le peuple attend une ouverture démocratique, une clarification de la méthode et une véritable pédagogie nationale, le pouvoir donne aussi le signal d’un durcissement sécuritaire. Cela peut se comprendre sur le plan institutionnel. Mais politiquement, cela alimente une impression de méfiance.

Or une Refondation ne peut pas réussir dans un climat où le pouvoir se protège davantage pendant que le peuple attend encore de comprendre comment il va participer.

La Refondation doit rassurer.
Elle doit ouvrir.
Elle doit expliquer.
Elle doit écouter.
Elle doit donner confiance.

Elle ne doit pas donner l’impression d’un processus contrôlé d’en haut, financé de l’extérieur et encadré par les mêmes réseaux.

Ce qui manque : une méthode publique et vérifiable

Aujourd’hui, la Refondation ne manque pas de discours. Elle ne manque pas de cérémonies. Elle ne manque pas d’annonces. Elle ne manque pas de partenaires autour de la table.

Ce qui lui manque encore, c’est un mode d’emploi public.

Un document simple devrait être présenté au peuple malagasy, dans les deux langues, avec des réponses concrètes :

Comment les consultations vont-elles se dérouler dans les fokontany ?
Qui animera les réunions ?
Comment les citoyens ordinaires pourront-ils participer ?
Comment les jeunes, les femmes, les paysans, les travailleurs, les diasporas, les personnes vulnérables seront-ils réellement entendus ?
Comment les contributions seront-elles collectées ?
Qui aura accès aux synthèses ?
Comment seront publiés les résultats ?
Quel sera le calendrier exact ?
Quel sera le budget ?
Qui financera quoi ?
Qui contrôlera l’utilisation des fonds ?
Et comment éviter que cette Refondation soit confisquée par les mêmes figures politiques, administratives et opportunistes ?

Sans ces garanties, le risque est évident : beaucoup parleront au nom du peuple, mais peu laisseront réellement le peuple parler.

La Refondation ne doit pas manquer le peuple

Madagascar n’a pas seulement besoin d’un nouveau processus institutionnel. Le pays a besoin d’une rupture réelle avec les anciennes pratiques.

Une Refondation digne de ce nom ne peut pas être seulement une feuille de route remise à la SADC, un programme présenté aux députés, une cérémonie au CCI Ivato, une réunion avec les diplomates ou un appel aux partenaires financiers.

Elle doit d’abord être une rencontre sincère entre l’État et le peuple.

Le peuple malagasy ne doit pas être le dernier informé. Il ne doit pas être convoqué après les institutions, après les diplomates, après les partenaires et après les bailleurs. Il doit être placé au commencement du processus, pas à sa périphérie.

Car si la Refondation manque le peuple, elle manquera son objectif.

Et si elle se transforme en marché institutionnel pour financer des réunions, des perdiem et les mêmes réseaux d’influence, alors elle ne sera pas une Refondation.

Elle sera une occasion perdue de plus.

La Refondation ne manque pas de lancements. Elle manque encore d’une méthode claire, d’une pédagogie populaire et d’une garantie forte : que cette fois, le peuple malagasy ne sera pas seulement consulté, mais réellement entendu.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

Partager cet article :