Refondation à Madagascar : le vieux système est-il vraiment en train de se réformer ?
Deux informations révélatrices
À Madagascar, deux informations récentes se sont brutalement télescopées.
La première concerne les réticences persistantes autour de la transparence au sein de l’Assemblée nationale. La seconde touche à la volonté de modifier la représentation parlementaire au sein de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), pourtant censée rester l’un des derniers arbitres institutionnels du pays.
Prises séparément, ces informations pourraient sembler relever du fonctionnement classique des institutions. Mais mises côte à côte, elles dessinent une question beaucoup plus profonde : ceux qui dirigent aujourd’hui la vie politique malgache souhaitent-ils réellement refonder le système… ou simplement le réorganiser à leur avantage ?
Une refondation portée par les anciens acteurs
Car il faut rappeler une réalité simple : les députés actuellement en place ont tous été élus sous l’ancien système politique que l’on prétend aujourd’hui vouloir dépasser.
Dès lors, une interrogation légitime se pose : comment ceux qui ont prospéré dans l’ancien fonctionnement pourraient-ils devenir spontanément les artisans de sa transformation profonde ?
Depuis plusieurs mois, le mot “Refondation” occupe l’espace politique. Concertations, déplacements officiels, discours sur la reconstruction nationale, volonté affichée d’écoute du peuple : le vocabulaire est ambitieux. Pourtant, sur le terrain institutionnel, les vieux réflexes semblent toujours bien présents.
Une proximité persistante avec le pouvoir
À chaque déplacement présidentiel, une importante délégation de députés accompagne le cortège officiel. Une proximité politique qui, dans l’histoire récente de Madagascar, a rarement rimé avec indépendance parlementaire.
Car depuis des décennies, l’Assemblée nationale malgache souffre du même reproche : représenter davantage les intérêts du pouvoir en place et les intérêts de ses membres que ceux du peuple lui-même.
Les débats récurrents sur les avantages parlementaires, les véhicules de fonction, les privilèges et les indemnités ont régulièrement alimenté la presse et l’opinion publique. Rien de nouveau sous le soleil des tropiques malgaches.
Le contraste entre discours et pratiques
Ce qui devient plus préoccupant aujourd’hui, c’est le contraste entre le discours de rupture et certaines pratiques qui donnent au contraire l’impression d’une continuité politique parfaitement assumée.
Car une véritable Refondation commencerait logiquement par davantage de transparence :
- transparence sur les décisions ;
- transparence sur les avantages ;
- transparence sur le rôle réel des institutions ;
- transparence sur l’organisation des concertations nationales ;
- transparence sur les mécanismes de contrôle du pouvoir.
Or, ce sont précisément ces sujets qui semblent encore provoquer malaise, silence ou évitement.
La HCC au cœur des inquiétudes
Le débat autour de la HCC cristallise particulièrement les inquiétudes. Dans toutes les démocraties fragiles, l’indépendance des institutions de contrôle constitue une ligne rouge. Lorsqu’un pouvoir politique commence à vouloir remodeler les contre-pouvoirs pendant une période de transition ou de “Refondation”, le doute devient inévitable.
La question n’est donc plus seulement de savoir si les responsables politiques soutiennent la Refondation.
La véritable question est ailleurs :
acceptent-ils que cette Refondation commence par les contrôler eux-mêmes ?
Le regard du peuple
Pour l’instant, beaucoup de citoyens ont le sentiment d’assister davantage à une convergence d’intérêts qu’à une véritable révolution institutionnelle.
À Madagascar, on appelle cela le rendez-vous des “tia sy manina”.
Une formule populaire qui traduit une réalité politique ancienne : des acteurs différents, parfois opposés en apparence, mais qui finissent toujours par trouver un terrain d’entente lorsqu’il s’agit de préserver leurs positions.
Pendant ce temps, le peuple observe.
Il écoute les discours.
Il entend les promesses.
Il regarde les tournées officielles.
Mais il attend encore les actes capables de prouver que cette Refondation ne sera pas simplement un nouveau décor posé sur les fondations intactes de l’ancien système.
Une crédibilité encore à prouver
Et c’est précisément là que se jouera la crédibilité du processus engagé.