La décision du Président de la République de mettre fin aux missions du gouvernement et de confier l’intérim administratif aux Secrétaires généraux des ministères marque un moment particulier dans la vie politique malgache.
Le choix est clair : les ministres ne sont pas chargés d’expédier les affaires courantes.
La continuité de l’État est désormais assurée par l’administration.
Dans les faits, le pouvoir politique gouvernemental se trouve momentanément suspendu au profit de la gestion administrative.
Ce choix, assumé par le Président, mérite d’être regardé avec attention.
Car il intervient dans un contexte politique qui renvoie à un moment fondateur récent.
Beaucoup se souviennent de la première déclaration de Michaël Randrianirina sur le perron du palais d’Ambotsorohitra, au lendemain des événements qui ont profondément marqué la scène politique en septembre 2025.
Lors de cette première prise de parole, l’annonce avait été radicale : dissoudre l’ensemble des institutions existantes afin d’ouvrir un processus de refondation politique.
Assemblée nationale, Sénat, architecture institutionnelle héritée : tout devait être remis à plat pour permettre l’émergence d’un nouveau cadre politique.
Finalement, dans un souci d’apaisement et d’écoute, il avait été décidé de maintenir provisoirement ces institutions afin de stabiliser la situation.
Mais depuis cette période, une question revient régulièrement dans le débat public : la refondation annoncée a-t-elle réellement commencé ?
Au-delà des déclarations et des annonces, nombreux sont ceux qui estiment que les structures politiques et institutionnelles sont restées globalement les mêmes.
Or la notion même de refondation implique une transformation plus profonde.
La métaphore est simple.
Refonder un pays, c’est un peu comme refonder une maison.
Lorsque les murs deviennent trop fragiles, on ne se contente pas de repeindre la façade ou de combler les fissures.
Pour reconstruire solidement, il faut parfois accepter une réalité simple : les murs doivent être abattus pour pouvoir en rebâtir de nouveaux, plus solides et plus durables.
C’est le sens même du mot refondation.
La situation actuelle pourrait donc ouvrir une fenêtre politique particulière.
Avec des ministères provisoirement administrés par leurs Secrétaires généraux, le moment semble suspendu.
Une pause.
Une respiration institutionnelle.
Et si cette configuration administrative devenait justement une opportunité ?
Car les Secrétaires généraux sont, par nature, les plus hauts responsables administratifs de l’État.
Des fonctionnaires expérimentés, connaissant les rouages de l’administration et capables d’assurer la continuité du service public.
S’ils assument pleinement leur rôle, il ne manquerait alors qu’un élément pour faire fonctionner cet ensemble : un chef d’orchestre.
Comme dans un orchestre symphonique, les musiciens peuvent être excellents. Mais sans direction, l’harmonie reste fragile.
Ce chef d’orchestre pourrait être une personnalité reconnue pour ses compétences administratives et sa capacité de coordination, libérée des pressions politiques habituelles.
Qu’on l’appelle Premier ministre pour la Refondation, coordinateur national ou autrement importe finalement peu.
Son rôle serait clair.
Son cabinet n’aurait que deux missions essentielles :
- orchestrer la gestion des affaires courantes de l’État, en s’appuyant sur l’administration existante ;
- lancer une véritable concertation nationale, à partir de la base.
Car une refondation ne peut être décrétée depuis les sommets de l’État.
Elle doit émerger des territoires, des citoyens, des acteurs économiques, sociaux et culturels, et surtout des Fokonolona
Cette concertation nationale permettrait alors de faire remonter les attentes réelles du pays.
Et à son terme, elle pourrait déboucher sur une étape décisive :
la mise en place d’une assemblée constituante issue de la volonté populaire.
Une assemblée chargée de repenser les institutions et de poser les bases d’un nouveau contrat politique pour Madagascar.
Beaucoup ont déjà contribué à cette réflexion.
Chercheurs, observateurs, acteurs de la société civile et citoyens ont proposé leurs analyses et leurs pistes.
Des plateformes comme Soa i Madagasikara ont également participé à ce débat.
Ce débat ne manquera pas de susciter des réactions.
Certains ne manqueront pas d’alerter sur ce qu’ils considéreront comme une remise en cause des modèles démocratiques classiques, souvent inspirés des systèmes occidentaux.Cette question mérite d’être posée sereinement et fera l’objet d’une analyse spécifique dans un prochain article.
La question reste désormais ouverte.
Si ce moment marque réellement la fin d’un cycle politique, alors peut-être est-il temps d’ouvrir celui qui avait été annoncé dès le départ :
celui de la refondation.
Car refonder ne signifie pas simplement aménager l’existant.
Refonder signifie parfois avoir le courage de reconstruire.