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Refondation à Madagascar : faut-il absolument voter en 2027 ?

Un an après le soulèvement de septembre 2025, Madagascar est toujours engagé dans un chantier présenté comme une « Refondation » de la République.

Le mot est ambitieux. Il suppose davantage qu’un changement de dirigeants ou l’organisation d’une nouvelle élection. Il suppose de revoir les règles, les institutions, les pratiques de gouvernance et, surtout, de reconstruire une confiance profondément fragilisée.

Or, à mesure que l’année 2026 avance, une question devient difficile à éviter :

le calendrier électoral annoncé pour 2027 laisse-t-il encore suffisamment de temps pour mener cette Refondation correctement ?

La feuille de route remise à la SADC le 28 février 2026 fixe pourtant un cap précis. Elle prévoit une concertation nationale, une réforme de la gouvernance électorale, l’élaboration d’une nouvelle Constitution, puis une consultation constitutionnelle entre mai et juillet 2027, avant une élection présidentielle au plus tard au dernier trimestre de la même année.

Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, a par ailleurs réaffirmé l’objectif de tenir des élections en 2027.

L’objectif est donc clair.

Le chemin pour y parvenir l’est beaucoup moins.

La concertation nationale avance, mais lentement

Le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar, le FFKM, a été chargé de conduire le processus de concertation nationale.

Sur le papier, celui-ci doit permettre de recueillir les aspirations de la population à plusieurs niveaux : fokontany, communes, districts, régions, diaspora, avant une grande rencontre nationale.

Mais le calendrier a déjà été plusieurs fois décalé.

En juin, alors que le processus devait déjà être entré dans une phase active, aucune concertation de terrain n’avait réellement débuté. Plusieurs calendriers ont ensuite été annoncés, avec une grande concertation nationale désormais prévue en mars 2027 et une restitution des conclusions attendue après mai 2027.

Le document du FFKM daté du 18 septembre que nous avons pu consulter montre par ailleurs qu’à cette date, l’organisation appelait encore les Églises membres à mobiliser des personnes capables d’assurer des fonctions de modérateur, de secrétaire de séance ou de responsable logistique.

Depuis, une étape importante a toutefois été franchie.

470 formateurs ont été préparés à l’échelle nationale pour encadrer le processus. La formation initiale des acteurs dans les districts a débuté début octobre et doit se poursuivre jusqu’au 30 octobre, avant une montée en puissance dans les 114 districts.

Le dispositif prévu est donc considérable : former les animateurs, organiser les réunions, garantir une méthode commune, recueillir les contributions, les centraliser, les analyser et les restituer fidèlement.

Cela montre que le processus n’est pas à l’arrêt.

Mais cela montre aussi l’ampleur du chantier.

Et surtout, plus ces étapes préparatoires se prolongent, plus le temps disponible pour transformer leurs conclusions en réformes institutionnelles, constitutionnelles et électorales se réduit.

Un retard n’est pas forcément un échec

Il serait trop facile de conclure que tout retard signifie que le processus échoue.

Organiser une concertation nationale à l’échelle de Madagascar représente un travail considérable. Il faut former les animateurs, atteindre des zones parfois difficiles d’accès, coordonner plusieurs niveaux territoriaux, recueillir des milliers de contributions et parvenir ensuite à en tirer une synthèse compréhensible et exploitable.

À cela s’ajoute une réalité plus générale : l’État doit continuer à fonctionner.

Il doit gérer l’énergie, l’insécurité, l’éducation, la santé, les finances publiques, les infrastructures et les multiples urgences du quotidien.

La Refondation ne se déroule pas dans un laboratoire isolé.

Elle doit être conduite avec les moyens humains, matériels, techniques et financiers réellement disponibles.

C’est probablement là que se trouve l’une des grandes difficultés de cette période : Madagascar doit à la fois combler les urgences du quotidien et reconstruire son architecture institutionnelle.

Les deux sont nécessaires.

Mais les deux consomment du temps, des compétences et des ressources.

Alors pourquoi se fixer absolument 2027 ?

L’objectif d’un retour rapide à des institutions électives est compréhensible.

Une transition ne peut pas durer indéfiniment. Des élections permettent de rétablir une légitimité issue du vote et de sortir progressivement d’une situation institutionnelle exceptionnelle.

La SADC elle-même a insisté sur le rétablissement de l’ordre constitutionnel et de la gouvernance démocratique, tout en demandant une feuille de route et des mises à jour régulières sur son avancement.

Mais une date électorale ne devrait pas devenir une fin en soi.

Car la logique de la Refondation repose sur une succession d’étapes :

concertation → réformes institutionnelles et électorales → Constitution → élections.

Si les conclusions de la concertation ne sont disponibles qu’après mai 2027, combien de temps restera-t-il réellement pour les transformer en textes ?

Combien de temps pour débattre d’une nouvelle Constitution ?

Combien de temps pour informer correctement la population sur son contenu ?

Combien de temps pour réformer le cadre électoral, les institutions concernées et les listes électorales ?

Le Programme de la Refondation prévoyait pourtant initialement que le Document national d’orientation soit achevé en janvier 2027 et que la refonte du cadre électoral soit bouclée encore plus tôt, dès novembre 2026.

Le glissement actuel du calendrier pose donc une vraie question de cohérence.

Une élection peut-elle suffire à refonder ?

Le mouvement de rupture de septembre 2025 a été largement associé à une forte mobilisation de la jeunesse et à une demande de changement dans la manière dont le pays est gouverné.

Cette aspiration ne se limite pas à changer les personnes.

Elle porte aussi sur les règles, la transparence, la participation citoyenne, l’accès aux responsabilités et la manière dont les institutions fonctionnent.

Dès lors, une question mérite d’être posée :

que se passerait-il si Madagascar organisait rapidement de nouvelles élections sans avoir profondément modifié les règles du jeu ?

Les élections favorisent naturellement ceux qui disposent déjà de réseaux politiques, de moyens financiers, d’implantations locales, d’expérience électorale et de relais institutionnels.

Cela ne signifie pas que les acteurs politiques historiques doivent être exclus.

Mais si les mécanismes de représentation changent peu, la nouvelle génération qui a porté une partie importante de la rupture de 2025 disposera-t-elle réellement de davantage d’espace dans le système issu de la Refondation ?

Ou risque-t-on de retrouver, sous de nouvelles appellations, les mêmes rapports de force et les mêmes pratiques ?

C’est là que le calendrier devient déterminant.

Le risque d’une Refondation comprimée par son propre calendrier

Le paradoxe est simple.

Plus la concertation prend du retard, plus chaque étape suivante devra être accélérée si l’échéance électorale de 2027 reste intangible.

Or ce sont précisément ces étapes intermédiaires qui doivent donner du contenu à la Refondation.

Une Constitution ne devrait pas être seulement un texte adopté rapidement.

Une réforme électorale ne devrait pas être seulement un nouveau code.

Une concertation nationale ne devrait pas être seulement une succession de réunions.

Et une élection ne devrait pas être présentée comme la preuve que la Refondation est achevée.

Le véritable indicateur sera plutôt de savoir si les nouvelles règles répondent réellement aux problèmes qui ont conduit à la rupture de septembre 2025.

Prendre plus de temps serait-il forcément un recul ?

C’est probablement la question la plus sensible.

Reporter une échéance électorale pendant une transition comporte évidemment des risques.

Cela peut alimenter la méfiance, susciter la crainte d’une prolongation du pouvoir transitoire et faire naître l’idée que la Refondation devient elle-même un prétexte pour différer le retour aux urnes.

Cette inquiétude est légitime.

Mais l’inverse mérite également d’être posé.

À quoi servirait de respecter parfaitement un calendrier si, pour y parvenir, il fallait raccourcir la concertation, accélérer le débat constitutionnel ou réduire les réformes électorales à quelques ajustements ?

Le débat ne devrait donc peut-être pas opposer ceux qui veulent des élections en 2027 à ceux qui voudraient les repousser.

La question plus utile serait :

quelles conditions minimales doivent être réunies avant de considérer que Madagascar est prêt à voter dans le cadre de la Refondation ?

Une concertation réellement représentative ?

Une nouvelle Constitution débattue et comprise ?

Des règles électorales réformées ?

Des listes fiables ?

Des institutions suffisamment indépendantes ?

Une vraie possibilité de renouvellement politique ?

C’est probablement sur ces conditions que le débat public devrait porter.

Refonder d’abord, voter ensuite ?

Il ne s’agit pas de conclure qu’il ne faut pas d’élection en 2027.

Il s’agit de rappeler que la crédibilité de cette élection dépendra du travail effectué avant elle.

Une transition ne peut évidemment pas durer éternellement.

Mais une Refondation qui ne modifierait pas suffisamment les conditions dans lesquelles le pouvoir politique s’exerce risquerait de laisser un profond sentiment d’inachevé.

Le défi pour Madagascar est donc double :

ne pas transformer la transition en installation durable ;

mais aussi

ne pas transformer l’élection de 2027 en échéance tellement impérative qu’elle finirait par dicter la vitesse et la profondeur de toutes les réformes qui la précèdent.

Un an après septembre 2025, le pays n’a peut-être pas seulement besoin de savoir quand il votera.

Il a surtout besoin de savoir pour quoi il votera, selon quelles règles, avec quelles institutions et avec quelle place donnée aux aspirations qui ont provoqué la rupture.

Car une élection peut refermer une transition.

Elle ne suffit pas, à elle seule, à refonder une République.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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