Une concertation nationale ne peut pas être conduite uniquement par communiqués
À Madagascar, la Refondation entre officiellement dans une nouvelle séquence. Selon plusieurs médias locaux citant le compte rendu du Conseil des ministres, le lancement des concertations au niveau des fokontany serait prévu pour le 20 mai prochain.
Sur le papier, l’annonce est importante. Elle touche au cœur même du processus politique engagé depuis plusieurs mois : redonner la parole au peuple, écouter les citoyens à la base, reconstruire les institutions à partir des réalités locales.
Mais une question essentielle demeure : où sont les informations officielles réellement exploitables par les citoyens ?
Car à quelques jours seulement de cette échéance annoncée, les citoyens disposent encore de très peu d’éléments publics, clairs et vérifiables. Les médias ont relayé une date. Mais sur les sites institutionnels, aucune information suffisamment détaillée ne semble permettre de comprendre précisément comment cette concertation nationale sera organisée.
Une date ne fait pas une méthode
Annoncer une date est une chose. Organiser une véritable concertation nationale en est une autre.
Si les concertations doivent réellement commencer au niveau des fokontany, il ne suffit pas d’indiquer un jour de lancement. Il faut aussi expliquer le dispositif.
Qui organise concrètement ces réunions ?
Qui anime les échanges ?
Qui rédige les comptes rendus ?
Qui valide les synthèses ?
Quels citoyens pourront participer ?
Quels thèmes seront abordés ?
Quels outils seront utilisés pour recueillir les contributions ?
Sur ces points, le silence institutionnel interroge.
Une démarche nationale, participative et populaire ne peut pas reposer uniquement sur des annonces reprises par la presse. Elle doit être accompagnée d’un calendrier public, d’une méthodologie claire et de garanties vérifiables.
Des sites institutionnels encore trop silencieux sur l’essentiel
Dans une démocratie administrative normale, le citoyen devrait pouvoir retrouver facilement les informations officielles sur les sites des institutions concernées.
La première vérification devrait naturellement se faire sur le site officiel de la Présidence de la République de Madagascar, notamment dans la rubrique consacrée aux Conseils des ministres. Or, la page officielle des Conseils des ministres visible en ligne n’affiche pas de publication clairement disponible sur l’annonce du lancement des concertations au niveau des fokontany le 20 mai.
La même interrogation se pose pour le site officiel de la Primature. Pour une démarche qui engage le gouvernement, le Premier ministre, l’administration territoriale et les collectivités de base, on pourrait s’attendre à y trouver une page de référence : calendrier, responsabilités, étapes, documents pratiques. À ce stade, aucune information claire et centralisée ne semble y être mise en avant.
Quant au site officiel du ministère chargé de la Refondation, il publie bien certains éléments liés au processus. Une rubrique “Nos projets” existe notamment sur le site du ministère. Cela montre que des informations institutionnelles commencent à être mises à disposition.
Mais là encore, le citoyen ne dispose pas d’une page officielle de synthèse expliquant clairement le lancement annoncé du 20 mai, le calendrier complet, la méthodologie concrète, les modalités de participation, la collecte des contributions, leur traitement et leur restitution publique. Le contraste est d’autant plus frappant que le ministère est précisément censé porter cette démarche.
Cette documentation partielle est utile, mais elle ne remplace pas un cadre public complet. Car une concertation nationale ne peut pas être seulement annoncée dans un compte rendu repris par la presse ou évoquée à travers des pages institutionnelles générales. Elle doit être expliquée, publiée, structurée et rendue vérifiable.
Calendrier, collecte, traitement : les grandes zones d’ombre
Le calendrier reste aujourd’hui l’un des premiers points de flou.
Les concertations commenceront-elles simultanément dans tous les fokontany ? Seront-elles organisées progressivement ? Combien de temps durera cette phase à la base ? Quand les synthèses remonteront-elles vers les communes, les districts, les régions, puis le niveau national ?
L’autre grande interrogation concerne la collecte des données.
Car une concertation nationale produit forcément des contributions, des propositions, des critiques, des attentes. Ces données citoyennes doivent être recueillies, classées, traitées et restituées. Mais selon quelle architecture ? Avec quels outils ? Sous quelle responsabilité ? Avec quelle traçabilité ?
Sans réponse claire, le risque est évident : le peuple parle à la base, mais la parole est filtrée, résumée ou transformée en remontant vers le sommet.
Et dans ce cas, la concertation ne serait plus un espace de participation citoyenne, mais un simple mécanisme de validation politique.
La transparence comme condition de crédibilité
La Refondation ne peut pas être seulement un mot fort. Elle doit devenir une méthode.
Si le pouvoir veut convaincre que cette démarche appartient réellement au peuple, il doit publier les documents nécessaires : calendrier détaillé, cadre méthodologique, responsabilités institutionnelles, modalités de participation, outils de collecte, règles de traitement des contributions, mécanismes de restitution.
Il devrait aussi expliquer comment les citoyens pourront vérifier que leurs propositions ont bien été prises en compte.
Une Refondation crédible ne se construit pas dans l’opacité. Elle se construit dans la transparence, dans la pédagogie, dans la publication régulière des informations et dans la capacité du citoyen à suivre le processus du début jusqu’à la fin.
Une communication qui précède encore l’organisation
Depuis plusieurs mois, la Refondation occupe une place importante dans le discours politique. Elle est présentée comme une rupture, comme une promesse de changement, comme une réponse aux crises institutionnelles et sociales du pays.
Mais à ce stade, le contraste est frappant : il y a beaucoup d’annonces, beaucoup de formules, beaucoup d’intentions affichées, mais encore trop peu de documents publics permettant de juger la solidité du dispositif.
C’est précisément là que le doute commence.
Car une concertation nationale ne peut pas être improvisée. Elle ne peut pas être lancée dans les fokontany sans que les citoyens sachent clairement ce qui est attendu d’eux, comment leur parole sera recueillie et ce qu’elle deviendra ensuite.
Asa tandrametaka ?
À Madagascar, il existe une expression qui dit beaucoup : asa tandrametaka.
Un travail posé rapidement, bricolé, lancé sans véritable préparation apparente. Une manière de faire qui donne l’impression que l’on avance, mais sans que les bases soient réellement solides.
Or, c’est exactement ce que la Refondation ne peut pas se permettre d’être.
Si cette concertation nationale doit engager l’avenir institutionnel du pays, elle ne peut pas être conduite comme une opération de communication. Elle doit être documentée, expliquée, structurée et rendue publique.
Le peuple ne peut pas être simplement convoqué. Il doit être respecté.
Et respecter le peuple, dans ce cas précis, c’est d’abord lui dire clairement : voici le calendrier, voici la méthode, voici les garanties, voici ce que nous ferons de votre parole.
Sans cela, le risque est grand de voir la Refondation perdre ce qui devrait être sa première force : la confiance citoyenne.