Montage comparatif des sites officiels de la Présidence de Madagascar et de la Primature, montrant une erreur 404 sur presidence.gov.mg et un portail fonctionnel de la Primature, avec le titre « Présidence : quand le silence numérique devient une faille de gouvernance »

Présidence : quand le silence numérique devient une faille de gouvernance

Le site officiel de la Présidence malgache est indisponible depuis plusieurs semaines sans qu'une véritable solution publique de continuité soit visible. Une simple panne informatique ? La question devient difficile à soutenir lorsque l'on examine l'organisation même de la Présidence : une Direction des systèmes d'information, une Direction de la communication et des services spécifiquement chargés du numérique existent. Pendant ce temps, la Primature dispose d'un portail institutionnel moderne et fonctionnel. Derrière ce qui pourrait sembler n'être qu'une affaire de site web se pose alors une question beaucoup plus profonde : Madagascar a-t-il réellement adapté sa communication d'État à l'ère numérique ?

UN SITE QUI DISPARAÎT, ET UNE INSTITUTION QUI NE DIT RIEN

Tapez aujourd'hui l'adresse officielle de la Présidence de Madagascar : presidence.gov.mg.

Au moment de nos vérifications, le serveur ne répond pas normalement. La tentative d'accès au domaine officiel aboutit à une expiration de connexion.

Une panne informatique peut arriver. À une entreprise privée. À une banque. À un média. À une administration. Et même à une Présidence de la République.

Ce n'est donc pas nécessairement la panne qui pose problème. C'est sa gestion.

Lorsqu'une infrastructure importante devient indisponible quelques heures, on intervient techniquement.

Lorsqu'elle reste indisponible plusieurs jours, on organise une solution de secours.

Et lorsqu'un site institutionnel majeur reste hors ligne pendant plusieurs semaines, sans même qu'une page minimale explique au citoyen ce qui se passe et où retrouver l'information officielle, nous ne sommes plus seulement devant un incident informatique.

Nous sommes devant un problème de continuité du service d'information publique.

Or, techniquement, afficher un message de maintenance ne relève pas d'une prouesse informatique.

Quelques lignes de HTML suffisent pour écrire :

« Le site officiel de la Présidence est temporairement indisponible. Nos équipes travaillent à son rétablissement. Les communiqués officiels restent accessibles sur les canaux suivants… »

Cette page peut même être hébergée indépendamment de l'application principale.

Elle peut indiquer les comptes officiels sur les réseaux sociaux, proposer un contact institutionnel et assurer au minimum une continuité de l'information.

Cela ne demande ni intelligence artificielle, ni infrastructure révolutionnaire, ni projet informatique de plusieurs mois.

Et c'est précisément ce qui rend la situation actuelle préoccupante.

UNE PANNE PEUT ÊTRE TECHNIQUE. LE SILENCE, LUI, EST ORGANISATIONNEL

Il serait évidemment imprudent d'affirmer, sans audit technique, pourquoi le portail présidentiel est indisponible.

Un problème de serveur, de certificat, de configuration réseau, de base de données, de migration, de sécurité ou même une attaque informatique sont théoriquement possibles.

Mais aucune de ces hypothèses n'explique à elle seule l'absence prolongée d'un dispositif de communication de secours.

C'est ici que la responsabilité change de nature.

La question n'est plus seulement :

« Qui administre le serveur ? »

Elle devient :

« Qui avait prévu ce qui devait se passer lorsque le serveur ne fonctionnerait plus ? »

C'est toute la différence entre informatique et gouvernance numérique.

Une institution moderne ne se contente pas de posséder un site internet.

Elle prévoit sa disponibilité, sa sécurité, sa sauvegarde, son plan de reprise, mais également son plan de continuité de communication.

Parce qu'un citoyen ne devrait pas avoir à deviner où se trouve la parole officielle de l'État.

LA PRÉSIDENCE A POURTANT ELLE-MÊME PRÉVU LES STRUCTURES

Et c'est peut-être là que le dossier devient le plus troublant.

Le décret n°2025-1135 du 31 octobre 2025 portant organisation et fonctionnement de la Présidence de la Refondation ne laisse pas le numérique dans une zone grise.

Son article 20 confie explicitement à une Direction des systèmes d'information plusieurs missions : entretien des équipements informatiques, sécurisation des données, gestion des informations numériques, suivi des projets TIC et, surtout, gestion des plateformes de communication institutionnelle de la Présidence.

Cette DSI dispose notamment d'un Service d'exploitation et de maintenance ainsi que d'un Service des études, des développements et de la formation. (fr.scribd.com)

Plus loin, le même décret rattache directement au chef de l'État une Direction de la communication.

L'article 35 lui demande de concevoir, coordonner et mettre en œuvre la stratégie de communication présidentielle et de veiller à une diffusion cohérente, transparente et efficace des messages, activités et décisions de la Présidence. (fr.scribd.com)

Autrement dit, sur le papier, les responsabilités existent.

Les structures existent.

Les fonctions existent.

Et c'est justement pourquoi la disparition prolongée du principal portail institutionnel mérite une explication.

Comment une institution dotée d'une DSI, d'une Direction de la communication et de services spécialisés peut-elle ne pas être capable de maintenir au minimum une page d'information de secours ?

La question est légitime.

Et la réponse ne peut plus se limiter à : « il y a un problème informatique ».

À MAHAZOARIVO, UN CONTRE-EXEMPLE EXISTE

Le contraste avec une autre institution de l'État est particulièrement instructif.

Le portail officiel de la Primature fonctionne.

Il donne accès aux actualités, à l'agenda du Premier ministre, aux membres du gouvernement, aux ministères, aux conseils des ministres, aux décrets et arrêtés, à l'organigramme, aux services de la Primature et même à un dispositif de dépôt et de suivi des doléances. (app.primature.gov.mg)

La Primature affiche également clairement l'organisation de ses fonctions numériques.

Sa Direction des systèmes d'information dispose de services consacrés à l'exploitation et à la maintenance ainsi qu'aux études, développements et formations.

La Direction de la communication comprend quant à elle des services de communication stratégique, institutionnelle, interne et même un Service de la Communication Net, explicitement consacré à la communication numérique. (app.primature.gov.mg)

Plus intéressant encore : les mentions légales du portail définissent clairement sa finalité.

Il doit fournir une information « officielle, fiable et accessible » sur la Primature, l'action du Premier ministre, les décisions gouvernementales et les ressources utiles aux citoyens. La même page mentionne la supervision de la disponibilité, la journalisation des incidents et la préservation de l'intégrité des informations. (app.primature.gov.mg)

Nous sommes ici précisément dans ce que devrait être un service public numérique.

Et technologiquement, le contraste est lui aussi intéressant.

BuiltWith identifie primature.gov.mg parmi les sites malgaches utilisant Ruby on Rails, un framework destiné au développement d'applications web. (trends.builtwith.com)

Cela ne signifie pas que Ruby on Rails serait une technologie miraculeuse, ni qu'utiliser ce framework constituerait à lui seul un certificat d'excellence.

Mais cela démontre quelque chose de beaucoup plus simple :

les compétences permettant de concevoir et de déployer des services numériques institutionnels modernes existent à Madagascar.

Le problème n'est donc manifestement pas une impossibilité technique nationale.

COMMUNIQUER EN 2026 NE SIGNIFIE PAS PUBLIER SUR FACEBOOK

C'est probablement l'une des confusions les plus importantes de notre époque numérique.

Une institution peut être très active sur Facebook et mal communiquer institutionnellement.

Car un réseau social et un site officiel ne remplissent pas la même fonction.

Facebook, Instagram, X, TikTok ou YouTube sont des outils de diffusion.

Ils permettent de toucher rapidement une population.

Ils permettent la vidéo, l'instantanéité, le partage et l'interaction.

Mais ils appartiennent à des entreprises privées.

Leurs algorithmes décident de ce que le citoyen verra.

Leurs règles peuvent changer.

Un contenu peut être moins visible, supprimé ou difficile à retrouver quelques années plus tard.

La mémoire officielle de la République ne peut pas dépendre d'un algorithme commercial.

Le fonctionnement devrait être inverse.

L'information officielle est créée, validée et archivée par l'institution.

Le site gouvernemental constitue sa source de référence.

Les réseaux sociaux relaient ensuite cette information vers le public.

Puis les médias, chercheurs, citoyens et organisations peuvent revenir vers la source originale pour vérifier le texte, sa date et son contexte.

C'est ce que l'on appelle une source canonique.

Sans elle, l'information institutionnelle se fragmente.

On retrouve un communiqué sur Facebook, une capture d'écran dans un groupe WhatsApp, une vidéo ailleurs, une déclaration reprise par un média…

Et très rapidement surgit une question aussi simple que dangereuse :

« Où est le document officiel ? »

L'INFORMATION PUBLIQUE EST AUSSI UNE QUESTION DE CONFIANCE

Ce principe dépasse largement Madagascar.

L'OCDE considère la transparence de l'information publique comme un élément fondamental du fonctionnement démocratique et recommande aux administrations de publier de manière proactive des informations claires, complètes, disponibles en temps utile, fiables et pertinentes. (oecd.org)

L'organisation souligne également que la communication publique est devenue un instrument essentiel pour connecter les institutions aux citoyens et contribuer à renforcer leur confiance. (oecd.org)

Dans ce contexte, un portail présidentiel n'est donc pas un gadget de communication.

Ce n'est pas simplement la vitrine numérique du chef de l'État.

C'est une infrastructure démocratique.

Il documente les décisions.

Il conserve les discours.

Il permet de retrouver les communiqués.

Il fournit une référence aux journalistes.

Il permet aux citoyens de distinguer une déclaration authentique d'une manipulation.

Il constitue une mémoire de l'action présidentielle.

Sa disparition prolongée n'est donc jamais anodine.

LE PARADOXE DES PROFESSIONNELS DE LA COMMUNICATION

La situation devient encore plus paradoxale lorsqu'on regarde les profils présents au sommet de l'appareil présidentiel.

Onitiana Realy, nommée directrice de cabinet civil, vient elle-même du monde des médias. Avant son retour au sommet de l'État, elle dirigeait notamment Real TV, dont elle était CEO. La presse malgache rappelle également son parcours de journaliste avant ses responsabilités politiques. (midi-madagasikara.mg)

Harry Laurent Rahajason, dit Rolly Mercia, est quant à lui l'actuel directeur de la communication de la Présidence. Lui aussi est un ancien journaliste et a déjà occupé par le passé les fonctions de ministre de la Communication. Sa fonction actuelle a encore été confirmée publiquement lors de plusieurs interventions de la Présidence en 2026. (lexpress.mg)

Il serait trop facile d'en conclure que ces personnes seraient individuellement responsables de la panne technique d'un serveur.

Ce n'est pas le sujet.

Mais le paradoxe mérite d'être relevé.

Comment une institution entourée de responsables ayant une longue expérience des médias peut-elle laisser son principal canal institutionnel disparaître sans qu'une véritable communication de continuité soit visible sur ce même domaine ?

L'expérience médiatique traditionnelle ne suffit peut-être plus.

La communication institutionnelle de 2026 exige désormais de comprendre simultanément information, numérique, cybersécurité, réseaux sociaux, archivage, expérience utilisateur et continuité de service.

C'est un autre métier.

Ou plus exactement : c'est devenu un ensemble de métiers.

LE VRAI PROBLÈME : LA COMPÉTENCE OU L'ORGANISATION ?

Deux institutions malgaches.

Deux structures administratives.

Deux Directions des systèmes d'information.

Deux Directions de la communication.

Mais deux résultats radicalement différents.

D'un côté, la Primature propose un portail moderne, structuré, documenté et fonctionnel.

De l'autre, le domaine officiel de la Présidence reste inaccessible lors de nos vérifications.

Cette comparaison ne permet évidemment pas de connaître l'origine exacte de l'incident présidentiel.

Mais elle suffit à écarter une explication trop commode :

Madagascar ne manquerait pas globalement des compétences nécessaires.

Elles existent.

Dans les entreprises technologiques malgaches.

Dans les administrations.

Dans les universités.

Dans les communautés de développeurs.

Et surtout dans une génération de jeunes ingénieurs, administrateurs systèmes, développeurs web, spécialistes en cybersécurité, designers, créateurs numériques, journalistes web ou spécialistes des données qui ne demandent souvent qu'à participer.

La question devient donc celle de leur utilisation.

ET SI LA REFONDATION COMMENÇAIT AUSSI PAR LÀ ?

Depuis des mois, une partie de la jeunesse malgache réclame davantage de participation à la construction du pays.

On lui répond souvent qu'elle manque d'expérience.

C'est parfois vrai.

Un jeune développeur brillant ne connaît pas nécessairement les procédures administratives de la Présidence.

Un spécialiste cybersécurité de vingt-cinq ans ne maîtrise probablement pas spontanément le protocole d'Iavoloha.

Un designer UX ne connaît peut-être rien aux rapports de forces politiques qui entourent le sommet de l'État.

Mais ces choses-là s'apprennent.

Les procédures s'apprennent.

Le protocole s'apprend.

Le fonctionnement d'un cabinet s'apprend.

Les circuits administratifs s'apprennent.

Une culture numérique acquise pendant dix ou quinze ans est parfois beaucoup plus difficile à improviser.

Voilà peut-être aussi ce que devrait signifier une véritable Fanavaozana.

Non pas simplement changer les noms inscrits sur les portes des bureaux.

Mais accepter que de nouvelles compétences deviennent indispensables à l'exercice de l'État.

Faire entrer des développeurs.

Des ingénieurs.

Des spécialistes de la donnée.

Des experts cybersécurité.

Des communicants numériques.

Des jeunes professionnels choisis pour ce qu'ils savent réellement faire.

Et leur donner des responsabilités.

UNE SIMPLE PAGE HTML COMME SYMBOLE D'UN PROBLÈME BEAUCOUP PLUS GRAND

Voilà finalement tout le paradoxe de cette histoire.

Nous parlons du sommet de l'État.

Mais le symbole de son dysfonctionnement numérique pourrait tenir dans quelques kilo-octets.

Une page HTML.

Un logo.

Trois phrases.

Quelques liens.

Une adresse de contact.

Une date de prochaine mise à jour.

Rien d'extraordinaire.

Et c'est justement pour cela que son absence interroge.

Car lorsqu'une tâche techniquement élémentaire n'est pas réalisée pendant une crise plus complexe, le problème ne se situe généralement plus seulement dans la machine.

Il se situe quelque part entre les responsabilités, les procédures, la coordination et la décision.

Une panne informatique peut arriver à tout le monde.

Une institution moderne se juge à la manière dont elle la gère.

La Présidence de la Refondation veut moderniser Madagascar.

Peut-être pourrait-elle commencer par garantir que, lorsque les citoyens cherchent la parole officielle de leur Président, la République leur réponde.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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