Triptyque illustrant MBS époque Ravalomanana, Viva TV époque Rajoelina et Real TV lors d’une visite présidentielle à Paris, avec le message : 60 ans de proximité médias et pouvoir, continuité ou refondation.

Médias et pouvoir à Madagascar : une confusion persistante ?

Paris. Visite présidentielle. Couverture médiatique maîtrisée. Images diffusées rapidement. Communication structurée.

Mais derrière la séquence officielle se dessine une question plus profonde, plus structurelle, qui dépasse la seule actualité diplomatique : celle du lien historique entre médias et pouvoir à Madagascar.

Une histoire ancienne : des présidents et leurs médias

Depuis Philibert Tsiranana jusqu’à Andry Rajoelina, tous les chefs d’État malgaches ont, à des degrés divers, bénéficié de relais médiatiques favorables.

La pratique n’est ni nouvelle ni spécifique à une génération politique. Elle s’inscrit dans une tradition où pouvoir exécutif et sphère médiatique entretiennent des relations étroites.

Parfois indirectes. Parfois assumées. Parfois structurelles.

Sous Marc Ravalomanana, le groupe MBS (Madagascar Broadcasting System) appartenait directement au président. Le média constituait alors un outil intégré à la stratégie politique du chef de l’État.

Sous Andry Rajoelina, Viva TV a joué un rôle central dans la construction de son ascension politique. Là encore, média et pouvoir formaient un ensemble étroit.

Ces configurations ont marqué durablement le paysage audiovisuel malgache.

Le cas actuel : Real TV et la PPRM

Aujourd’hui, une situation comparable, bien que différente dans sa forme, suscite des interrogations.

La fondatrice de Real TV Madagasikara, après une période d’exil, a été nommée directrice du cabinet de la PPRM.

Lors de la récente visite présidentielle à Paris, ce média a assuré la couverture en pool du déplacement. Ses supports numériques ont été parmi les premiers à diffuser les images officielles, notamment depuis la cour de l’Élysée.

Ce fait, en soi, n’a rien d’illégal. Il n’est pas non plus inédit dans l’histoire politique du pays.

Mais il pose une question fondamentale : où s’arrête le média indépendant et où commence l’outil stratégique intégré à la communication du pouvoir ?

Information, communication, ou fusion des rôles ?

Lorsque la direction d’un média occupe une fonction officielle au sein de l’appareil politique, la frontière devient mécaniquement plus fragile.

Il ne s’agit pas d’une accusation. Il s’agit d’un constat structurel.

Un média peut être proche du pouvoir. Il peut avoir une ligne éditoriale assumée. Mais lorsque cette proximité devient organique, l’équilibre informationnel se complexifie.

La confusion des genres n’est pas une infraction. Elle est une question de gouvernance démocratique.

La diaspora à Paris : symptôme révélateur ?

La rencontre avec la diaspora malgache en France a suscité des commentaires contrastés : organisation jugée confuse par certains, contraintes sécuritaires invoquées par d’autres.

Les explications officielles évoquent des questions logistiques, administratives, voire des tensions internes ou des rivalités.

Peut-être.

Mais lorsque la communication semble centralisée autour d’un média étroitement lié au cabinet, une interrogation légitime émerge : la stratégie médiatique a-t-elle pris le pas sur l’organisation institutionnelle ?

La question mérite d’être posée sans passion et sans procès d’intention.

La première refondation : clarifier les frontières

Si l’on parle de refondation, la première étape pourrait être celle-ci : établir une séparation claire entre communication d’État et médias privés.

Non pour interdire les proximités. Mais pour garantir :

  • la transparence des dispositifs de pool presse,
  • l’égalité d’accès à l’information,
  • la crédibilité des institutions,
  • et la confiance des citoyens.

Car à défaut, chaque critique sera interprétée comme jalousie, chaque question comme hostilité.

Or une démocratie mature accepte les questions.

Elle les organise.
Elle les éclaire.

La confusion des genres n’est pas un accident conjoncturel. Elle traverse l’histoire politique malgache.

La véritable refondation ne sera peut-être pas institutionnelle. Elle sera culturelle : accepter que l’information ne soit pas la propriété du pouvoir, quel qu’il soit.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

Partager cet article :