Madagascar à la croisée des chemins face aux équilibres mondiaux et au BRICS

Madagascar face au BRICS : une démarche stratégique à décrypter

À son retour de visite officielle en Afrique du Sud, le président Michaël Randrianirina a annoncé une démarche de Madagascar vis-à-vis du BRICS.

Cette annonce, sobrement formulée dans un communiqué officiel, a rapidement suscité interrogations, espoirs et inquiétudes. Pourtant, une lecture attentive montre qu’il s’agit moins d’un tournant spectaculaire que d’un signal diplomatique calculé, révélateur d’une évolution plus large de l’ordre mondial.

🌍 Le BRICS : un nouvel espace de gravité mondiale

Le BRICS regroupe aujourd’hui des puissances émergentes représentant une part croissante :

  • de la population mondiale,
  • de la production industrielle,
  • des flux commerciaux Sud–Sud,
  • et de l’influence géopolitique.

Au-delà de ses cinq membres fondateurs, le bloc s’est élargi à plusieurs pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique latine, incarnant une réalité : le monde n’est plus unipolaire.

Le BRICS ne prétend pas remplacer les institutions existantes, mais les contraindre à évoluer, notamment à travers :

  • la remise en question de la domination du dollar,
  • la création d’outils financiers alternatifs comme la Nouvelle Banque de Développement,
  • et une coopération fondée sur la souveraineté nationale plutôt que sur des conditionnalités politiques explicites.

🧭 Pourquoi l’Afrique du Sud est un passage clé

Le choix de l’Afrique du Sud n’est pas anodin.
Elle est :

  • le seul membre africain fondateur du BRICS,
  • une puissance diplomatique régionale,
  • un pont entre l’Afrique et les économies émergentes.

En se rendant à Pretoria, Madagascar ne parle pas seulement à un État partenaire :
il dialogue avec l’un des centres de décision du Sud global.

📌 Le mot central : « démarche »

Le communiqué présidentiel emploie un terme volontairement prudent : démarche.

Cela signifie :

  • ouverture de discussions,
  • prise de contact institutionnelle,
  • exploration de mécanismes de coopération,
  • sans engagement irréversible.

👉 Il ne s’agit ni d’une adhésion,
👉 ni d’un alignement géopolitique,
👉 ni d’une rupture avec les partenaires traditionnels.

Cette nuance est essentielle et trop souvent ignorée dans le débat public.

⚖️ Diversifier sans rompre : une logique d’équilibre

Madagascar reste aujourd’hui :

  • dépendant de financements multilatéraux,
  • engagé avec l’Union européenne,
  • lié à des partenaires historiques et régionaux.

La démarche vers le BRICS s’inscrit donc dans une logique de diversification, non de substitution.

Dans un monde fragmenté, ne dépendre que d’un seul pôle est une vulnérabilité.
Explorer plusieurs espaces de coopération devient une nécessité stratégique.

🌱 Quelles opportunités réelles pour Madagascar ?

Si elle est bien conduite, cette ouverture peut offrir :

  • un accès à de nouveaux financements d’infrastructures,
  • des partenariats industriels ou énergétiques,
  • une meilleure insertion dans les échanges Sud–Sud,
  • un renforcement du rôle de Madagascar dans l’océan Indien.

Mais ces opportunités ne sont ni automatiques, ni garanties.

🚨 Les conditions de crédibilité

Le BRICS n’est pas une solution miracle.
Il ne finance pas :

  • l’improvisation,
  • l’instabilité institutionnelle,
  • ni les projets sans gouvernance claire.

Pour que cette démarche ait un sens, Madagascar devra :

  • définir des priorités nationales cohérentes,
  • renforcer la transparence et la capacité administrative,
  • parler d’une seule voix sur les projets structurants,
  • éviter toute instrumentalisation politique interne.

🧠 Un signal adressé à plusieurs audiences

Cette annonce parle simultanément :

  • au BRICS : Madagascar est prêt à dialoguer ;
  • aux partenaires traditionnels : Madagascar veut élargir ses options ;
  • à l’opinion nationale : le pays cherche à reprendre l’initiative.

C’est donc moins une décision qu’un positionnement.

🔎 Prudence stratégique plutôt que slogans

La démarche annoncée ne doit être ni idéalisée, ni diabolisée.
Elle reflète une réalité : le monde change, et Madagascar ne peut rester spectateur.

Le véritable enjeu n’est pas d’entrer dans un bloc,
mais de savoir défendre ses intérêts dans un monde multipolaire,
avec lucidité, constance et responsabilité.

Le BRICS est un outil.
L’avenir dépendra non pas du cadre choisi,
mais de la stratégie nationale qui l’accompagnera.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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