Les récents échanges entre le président Michael Randrianirina et certains journalistes ne relèvent pas d’une leçon donnée à la presse.
Ils révèlent plutôt un malaise plus profond.
Lorsqu’une question est posée sur un avion supposé faire des allers-retours entre Madagascar et Dubaï, le président répond simplement par une autre question :
savez-vous qui était dans cet avion ?
Autrement dit : où est l’information vérifiée ? Où est l’enquête ?
Même chose face aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, affirmant que le président serait manipulé par des ministres ou d’autres entités.
La réponse est claire : le pays est dirigé par le président et son équipe, les ministres exécutent une vision politique définie. Rien de plus, rien de moins.
Ces échanges posent une question essentielle : quel est aujourd’hui le rôle du journaliste ?
Le journalisme devrait être un travail de terrain.
Aller dans les campagnes.
Observer le quotidien des Malgaches.
Recueillir des faits, les vérifier, les contextualiser.
Et les relayer pour éclairer à la fois les citoyens et ceux qui dirigent le pays.
Il repose aussi sur des règles simples, presque évidentes.
Comme dans la vie courante où l’on commence par dire bonjour, une question journalistique commence par une présentation : un nom, un média, une responsabilité éditoriale assumée.
Ce cadre n’est pas un détail de forme : il conditionne la crédibilité de la parole et la qualité de l’échange.
Or, de plus en plus, le journalisme se contente de lire Facebook, de commenter des rumeurs, de relayer des buzz… qui eux-mêmes proviennent des réseaux sociaux.
On tourne en boucle.
Le bruit alimente le bruit.
Ce phénomène n’est pas propre à Madagascar.
À l’échelle internationale, beaucoup de journalistes sont devenus des éditorialistes permanents, donnant leur opinion plus que produisant de l’information. L’enquête de fond recule, souvent sous la pression de l’audience, des financeurs, des lignes éditoriales ou des intérêts politiques.
Justement parce que Madagascar est une île, avec ses réalités propres, ses urgences sociales et économiques, le journalisme malgache ne peut pas être une simple copie de modèles extérieurs.
Il doit observer autrement.
Analyser autrement.
Travailler autrement.
Les réseaux sociaux peuvent être un signal.
Mais ils ne doivent jamais remplacer le terrain.