Selon une information publiée par Africa Intelligence, le colonel Michaël Randrianirina est attendu à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine, avant de se rendre à Paris pour un entretien avec le président Emmanuel Macron.
Cette séquence diplomatique intervient dans un contexte politique et économique particulièrement révélateur.
Elle ne peut être lue comme un simple événement protocolaire. Elle s’inscrit au contraire dans une recomposition pragmatique des relations internationales de Madagascar, où les intérêts économiques prennent le pas sur les récits politiques passés.
Cette actualité invite à relire, à froid, trois séquences clés :
- la mise à l’écart silencieuse de l’ancien président,
- le retour en force du discours sur les investissements privés,
- et l’héritage controversé des projets dits “structurants”, dont le téléphérique d’Antananarivo est devenu l’emblème.
La page Andry Rajoelina : un dossier clos sans déclaration
L’absence totale de référence à une éventuelle protection ou exfiltration de Andry Rajoelina est en soi un signal politique fort.
Dans les relations internationales, ce qui ne se dit plus est souvent ce qui ne pèse plus.
La normalisation progressive des échanges avec les nouvelles autorités montre que :
- l’ancien président n’est plus un actif diplomatique,
- il n’est plus un point de blocage stratégique,
- et qu’aucune fidélité personnelle ne structure la relation bilatérale.
La diplomatie ne fonctionne ni à l’affect, ni à la reconnaissance morale : elle s’adapte à la réalité du pouvoir en place.
Le retour du discours sur les investissements : opportunité ou dépendance ?
Les annonces récentes autour d’un vaste programme d’investissements privés, portées notamment par le Groupement des Entreprises de Madagascar (GEM) et MEDEF International, ont été présentées comme un tournant économique majeur.
Les montants annoncés impressionnent. Les promesses d’emplois et d’infrastructures sont mises en avant.
Mais il ne s’agit pas d’aide au développement. Il s’agit d’investissements privés à but lucratif.
La vraie question n’est donc pas « faut-il investir à Madagascar ? »
Elle est plutôt :
- Qui définit les règles ?
- Qui contrôle les actifs stratégiques ?
- Qui capte la valeur sur le long terme ?
Sans cadre stratégique fort, ces investissements peuvent renforcer des positions dominantes étrangères, verrouiller des secteurs clés et limiter la capacité de décision future de l’État malgache.
Le téléphérique d’Antananarivo : l’éléphant blanc comme révélateur
Le projet de téléphérique urbain d’Antananarivo illustre parfaitement ces dérives.
Présenté comme une solution moderne aux embouteillages chroniques de la capitale, il a été :
- construit par le groupe français Colas,
- avec une exploitation promise à une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), bras financier de l’État français.
Ce montage pose plusieurs questions fondamentales :
- une infrastructure lourde, coûteuse, peu adaptée au pouvoir d’achat local,
- une exploitation confiée à un opérateur étranger,
- des retombées économiques locales limitées,
- un impact réel sur la mobilité urbaine contesté.
Le téléphérique n’est pas un cas isolé.
Il est l’illustration d’une logique de projets vitrines, souvent décidés en haut lieu, peu ancrés dans les besoins réels des populations, mais très efficaces pour sécuriser des marchés et des concessions.
Moscou avant Paris : diversification ou repositionnement stratégique ?
Le fait que la séquence diplomatique commence par Moscou avant de se poursuivre à Paris n’est pas anodin.
Il traduit une volonté de diversification stratégique.
Madagascar affiche qu’elle entend parler à plusieurs pôles d’influence et ne pas s’aligner exclusivement sur un partenaire historique.
Cette ouverture peut renforcer la capacité de négociation du pays.
Mais elle ne constitue une rupture que si elle s’accompagne d’une exigence accrue dans la structuration des partenariats.
Diversifier ses interlocuteurs ne suffit pas.
Encore faut-il maîtriser les termes des engagements conclus.
Changer d’axe diplomatique ne suffit pas : la véritable souveraineté commence le jour où Madagascar fixe elle-même les conditions de ses partenariats.