Passage du président malgache à Paris après interview sur RT à Moscou, débat sur héritage post-colonial et souveraineté narrative

De Moscou à Paris (2/2) — Liberté d’expression, héritage médiatique et l’épreuve de cohérence

Moscou d’abord.
Paris ensuite.

Après son interview sur RT, le président malgache sera, sans nul doute, également invité sur les plateaux et micros des médias français. La séquence est presque mécanique : une parole à l’Est, une parole à l’Ouest. Un passage dans un média aujourd’hui interdit dans l’Union européenne, puis probablement un entretien dans un média reconnu et légitime dans l’espace occidental.

Ce va-et-vient médiatique ne relève pas du hasard.
Il révèle une tension plus profonde : celle d’un monde où les récits circulent, se confrontent, se hiérarchisent.

Quand un média devient un problème politique

L’interdiction de RT dans l’Union européenne a été présentée comme une mesure exceptionnelle, liée à un contexte de guerre. Officiellement, il s’agissait de protéger l’espace public européen contre un outil de propagande.

Mais derrière la décision juridique se dessine une évolution plus lourde : pour la première fois, un média international est jugé non seulement contestable, mais incompatible avec le débat.

On ne le contredit plus.
On l’écarte.

La frontière est fine. Elle mérite d’être interrogée.

Tous les États parlent — la question est comment

Dans les relations internationales, aucun État ne renonce à projeter sa vision du monde. L’influence ne passe plus seulement par les accords économiques ou les alliances militaires. Elle passe aussi par les mots, les images, les narrations.

Les grandes puissances disposent toutes de médias internationaux soutenus ou financés par leurs États. Ils informent, bien sûr. Mais ils participent aussi à la construction d’un récit national exporté.

La France n’échappe pas à cette réalité.

À travers ses médias internationaux, elle maintient une présence forte dans l’espace francophone, notamment en Afrique. Cette présence est culturelle, linguistique, diplomatique. Elle s’inscrit dans le temps long.

Il ne s’agit pas ici de juger le contenu.
Il s’agit de reconnaître une évidence : l’information internationale n’est jamais totalement déconnectée des intérêts stratégiques.

Une mémoire toujours présente

Pour nombre de pays africains, cette présence médiatique ne peut être séparée de l’histoire. Les ondes d’hier — celles de l’époque coloniale — ont laissé une empreinte durable. Les structures ont évolué, les rédactions se sont professionnalisées, les formats ont changé. Mais la mémoire, elle, ne s’efface pas.

Dans ce contexte, la comparaison surgit naturellement.

Pourquoi un média est-il qualifié d’instrument d’influence hostile, tandis qu’un autre est perçu comme simple vecteur d’information internationale ?

La question ne vise pas les journalistes.
Elle interroge la cohérence des critères.

L’effet miroir

Imaginons un instant l’inverse.

Un État déciderait de suspendre la diffusion d’un média occidental sur son territoire, au motif qu’il représente un outil d’influence étrangère. La réaction serait immédiate : dénonciation d’une atteinte à la liberté de la presse, inquiétude diplomatique, rappel des principes démocratiques.

Pourtant, l’argument serait symétrique.

C’est là que le débat devient inconfortable.

La liberté d’expression demeure un principe fondamental. Mais elle est désormais prise dans un rapport de force global. Elle devient à la fois valeur et instrument.

Entre Moscou et Paris : une posture d’équilibre

Dans ce paysage, la démarche malgache apparaît moins idéologique que stratégique.

Accorder une interview à RT ne signifie pas rompre avec la France.
Passer ensuite sur les médias français ne signifie pas renier d’autres partenariats.

Cela signifie parler à tous.

Dans un monde multipolaire, la souveraineté ne se limite plus à la gestion des frontières ou des ressources. Elle inclut la capacité de choisir ses interlocuteurs et ses canaux d’expression.

Madagascar parle à tous.
Mais décide pour lui-même.

La cohérence comme boussole

Au fond, ce débat dépasse la Russie, la France ou Madagascar.

Il pose une question simple :
un principe peut-il rester universel s’il s’applique de manière différenciée selon les contextes géopolitiques ?

La crédibilité d’un acteur international repose aujourd’hui moins sur la puissance brute que sur la cohérence entre ses discours et ses pratiques.

Dans cette nouvelle configuration, les pays du Sud ne sont plus de simples récepteurs. Ils observent, comparent, évaluent.

Et la liberté d’expression, pour demeurer un pilier incontestable, devra convaincre qu’elle ne dépend ni de la géographie ni de l’alignement stratégique.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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