Le passage du président malgache à Moscou, marqué notamment par une interview accordée à RT, a suscité de nombreuses réactions. L’intérêt de cette séquence ne réside pas tant dans le choix du média que dans le contenu et le contexte : l’évocation directe, à l’antenne, de la récente sortie du président français Emmanuel Macron sur la liberté d’expression.
Cette articulation entre géopolitique, médias et souveraineté narrative mérite une analyse dépassionnée.
Une interview sur RT : un choix qui fait sens dans le monde actuel
RT est aujourd’hui interdite de diffusion dans l’Union européenne, au motif qu’elle constituerait un outil de propagande d’État russe dans un contexte de guerre.
Mais hors d’Europe, RT continue d’émettre, d’interviewer des responsables politiques, et d’être regardée comme un média international parmi d’autres, avec sa ligne éditoriale assumée.
Le fait que le président malgache y accorde une interview ne constitue pas une rupture diplomatique, mais s’inscrit dans une réalité désormais incontournable :
Le monde n’est plus unipolaire, ni informationnellement homogène.
Accorder une interview à RT ne signifie pas adhésion idéologique. Cela signifie ne pas s’interdire un canal, et affirmer une liberté de parole hors des cadres narratifs dominants.
La référence à la sortie de Macron : un révélateur, pas une provocation
Lorsque la journaliste de RT évoque la déclaration d’Emmanuel Macron qualifiant certaines conceptions de la liberté d’expression de « pure connerie », elle ne cherche pas uniquement l’effet polémique.
Elle met en lumière une contradiction perçue par une large partie du monde non occidental :
- D’un côté, un discours occidental qui se pose en défenseur universel de la liberté d’expression.
- De l’autre, l’interdiction d’un média étranger, au nom de la lutte contre la désinformation.
Cette contradiction n’est pas nouvelle. Ce qui change, c’est qu’elle est désormais explicitement formulée, sur des scènes internationales, par des acteurs du Sud global.
Liberté d’expression : principe universel ou liberté conditionnelle ?
L’interdiction de RT en Europe est juridiquement présentée comme une mesure de sanction exceptionnelle, liée à un contexte de guerre. Mais dans les faits, elle crée un précédent :
celui de la désignation institutionnelle de médias « autorisés » et « non autorisés ».
C’est là que le débat devient sensible.
Car parallèlement, l’Europe :
- finance et soutient ses propres médias internationaux (comme RFI),
- surveille de plus en plus étroitement les médias alternatifs,
- encadre les discours jugés « problématiques » sur les plateformes numériques.
Même si les situations ne sont pas strictement comparables, la perception d’un double standard est réelle.
Le cœur du malaise : la souveraineté narrative
Ce que révèle cette séquence Moscou–RT–Macron, ce n’est pas un alignement de Madagascar sur la Russie. C’est une revendication implicite mais claire :
le droit pour un pays de choisir ses canaux d’expression et de confronter les discours dominants.
Dans un monde bouleversé par la recomposition géopolitique, la liberté d’expression n’est plus seulement une question de droit interne. Elle devient un enjeu de rapport de force international, où chaque bloc tente de préserver son influence informationnelle.
Premiers enseignements d’une diplomatie d’équilibre
L’interview du président malgache sur RT, et l’évocation directe de la sortie d’Emmanuel Macron, constituent une séquence hautement symbolique.
Elle met en lumière :
- les limites du discours occidental sur la liberté d’expression,
- le risque d’une liberté à géométrie variable,
- et l’émergence d’une diplomatie du Sud plus autonome sur le plan narratif.
Ce débat ne fait que commencer. Et l’agenda à venir — avec un passage annoncé à Paris — promet d’en révéler toute la complexité.
À suivre : Paris, héritage post-colonial, RFI et le défi du double discours.