Le cyclone Gezani a une nouvelle fois frappé durement la région d’Atsinanana, rappelant à quel point Madagascar demeure vulnérable face aux aléas climatiques.
Dans ce contexte d’urgence, le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, a rencontré plusieurs partenaires internationaux à la suite de l’appel à la solidarité lancé par l’État.
L’Union européenne, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’OCHA et le service aérien humanitaire des Nations unies (UNHAS) ont annoncé leur mobilisation pour soutenir Madagascar dans la gestion des conséquences du cyclone.
L’aide est nécessaire. Elle est même incontournable dans l’immédiat.
Mais le vrai sujet ne se limite pas à l’urgence.
L’aide internationale : une nécessité… mais jamais neutre
Il serait naïf de croire que les mécanismes d’aide internationale sont totalement désintéressés.
Les dons ne sont jamais entièrement gratuits. Ils créent, d’une manière ou d’une autre, des relations d’influence, des dépendances stratégiques ou, au minimum, une dette morale — pour ne pas dire nationale.
À cela s’ajoute une réalité plus locale : les intermédiaires, les circuits opaques, les profiteurs de crise. Chaque catastrophe charrie son lot d’opportunistes, parfois invisibles, mais bien réels.
Soyons lucides sans être polémiques :
oui, il faut accepter l’aide.
mais non, elle ne peut pas devenir un substitut permanent à la responsabilité nationale.
Lancer des appels à l’aide et réunir des partenaires sont sans nul doute incontournables aujourd’hui. Refuser cette réalité serait irresponsable. Mais l’essentiel ne se joue pas uniquement dans la mobilisation des financements.
Le véritable test : la rigueur dans la reconstruction
Le cyclone passera.
Les dons seront consommés.
Les missions internationales repartiront.
Ce qui restera, ce sont les bâtiments reconstruits — ou mal reconstruits.
La refondation ne peut pas être uniquement institutionnelle ou politique. Elle doit être structurelle.
Cela signifie :
- ❌ Fin des passe-droits en matière de permis de construire
- ❌ Fin des reconstructions anarchiques
- ❌ Fin des tolérances informelles au nom de l’urgence
Et surtout :
- ✅ Application stricte des normes para-cycloniques déjà instaurées par l’État
- ✅ Obligation de permis pour toute nouvelle construction
- ✅ Contrôle effectif et transparent sur le terrain
Depuis des décennies, trop de constructions ont été réalisées sans permis, sans respect des normes, parfois en zones à risque. Les cyclones ne font que révéler cette fragilité structurelle accumulée au fil du temps.
Si l’on continue à reconstruire comme hier, on préparera simplement la prochaine catastrophe.
La refondation se joue ici
Si la Refondation de Madagascar doit avoir un sens concret, elle commence précisément là : dans la capacité de l’État à transformer une tragédie en tournant structurel.
Dire :
L’aide oui.
Le désordre non.
La gestion de l’après-Gezani sera un test grandeur nature.
Un test de crédibilité.
Un test de cohérence entre le discours et l’action.
Soit la reconstruction reproduit les erreurs du passé.
Soit elle marque un tournant.
La refondation ne se proclame pas.
Elle se construit — littéralement.
Et peut-être que, pour la première fois, une catastrophe deviendra le point de départ d’un changement durable.
Comme pour la première fois aussi, un Président s’est rendu sur les lieux avant même l’impact du cyclone, afin d’anticiper et de coordonner la réponse.
Comme quoi, tout n’est pas qu’une question de moyens.
C’est aussi — et d’abord — une question de volonté politique.
La reconstruction dira si cette volonté s’inscrit dans le temps.