Concertation nationale à Madagascar : le report de trop pour la Refondation, avec une silhouette de Madagascar et un point d’interrogation symbolisant l’incertitude politique

Concertation nationale à Madagascar : le report de trop pour la Refondation ?

De source sûre, la Concertation nationale est une fois de plus reportée.

Selon une correspondance interne ministérielle datée du 1er juin 2026, émanant du Ministère en charge de la Refondation, la cérémonie de lancement officiel de la Concertation nationale, initialement prévue le 3 juin 2026, a été annulée. Le document évoque une “réorganisation du processus de dialogues” et la nécessité d’ajuster la méthode et le calendrier avec le FFKM, afin de garantir une démarche plus inclusive et mieux coordonnée.

Sur le fond, personne ne peut être contre une démarche plus inclusive. Mais sur la forme, ce nouveau report confirme une impression de plus en plus préoccupante : ce dossier majeur semble mal piloté, voire pas réellement maîtrisé.

Et pourtant, depuis des mois, toute observation critique est rapidement assimilée à une tentative de “diabolisation” du pouvoir actuel. Certains communicants n’hésitent pas à intervenir publiquement, y compris sous nos articles, pour contester de simples constats. Mais le problème demeure : à la lecture des sites officiels, des ministères, et en premier lieu de la Présidence, l’information publique reste loin d’être limpide, claire et structurée.

Dans le même temps, les périodes électorales sont déjà annoncées pour 2027. Les partis politiques semblent se remettre en ordre de marche. La diaspora se mobilise. Les institutions religieuses sont sollicitées. Les acteurs politiques se positionnent. Bref, beaucoup de mouvement, beaucoup de discours, beaucoup de cérémonies… mais toujours peu de lisibilité sur l’objectif central : le renouveau du pays.

Où sont réellement les ministres dans cette Refondation ?

Il faut aussi poser une autre question, plus dérangeante encore : où sont réellement les ministres dans cette Refondation ?

Depuis le premier gouvernement de la transition, il est triste de constater que les membres de l’exécutif, censés être les premiers relais de cette démarche, semblent souvent absents du débat de fond sur la Refondation et la Concertation nationale. Il suffit de parcourir les publications officielles, les pages institutionnelles ou les réseaux sociaux de certains responsables pour constater que beaucoup paraissent bien éloignés de cette mission prioritaire.

Les visites officielles, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, les cérémonies, les inaugurations, les déplacements protocolaires et les déclarations de circonstance se multiplient. Mais en quoi tout cela contribue-t-il concrètement à la Refondation ? En quoi ces séquences renforcent-elles le dialogue national, l’écoute des citoyens, la recherche d’un compromis ou la préparation d’un véritable renouveau institutionnel ?

Le même constat peut être fait du côté des hauts dignitaires de la Présidence et de certaines administrations. Beaucoup semblent davantage préoccupés par leur propre communication, leur image, leur justification personnelle ou leurs règlements de comptes que par l’objectif central annoncé au pays. Entre ceux qui passent leur temps à mettre en scène leur réussite dans leur cercle, ceux qui se posent en donneurs de leçons, et ceux qui alimentent gratuitement les attaques contre d’autres acteurs, on peine à voir une ligne commune, une méthode collective, une discipline d’État.

Or, une Refondation ne peut pas réussir si chacun joue sa partition dans son coin.

Le vrai problème est peut-être là

Le vrai problème est peut-être là.

Chacun défend sa paroisse. Chacun défend son camp. Chacun défend ses idées. Mais trop peu semblent prêts au moindre renoncement pour construire un véritable marimaritra iraisana.

À Madagascar, le désaccord devient trop vite une hostilité.

“J’ai une idée. Tu n’es pas d’accord. Donc tu es contre moi. Alors je dois te faire taire.”

À l’inverse :

“Tu me soutiens. Tu me crois. Tu m’applaudis. Alors tu auras peut-être une place.”

Ce mécanisme est précisément ce qui empêche le vivre-ensemble politique. Or, un renouveau malgache ne peut pas naître d’une seule voix, d’un seul clan, d’un seul cercle ou d’une seule vérité officielle. Il aura nécessairement plusieurs facettes, plusieurs voix, plusieurs voies.

La vraie question est donc simple : qui est encore capable de rassembler ?

Remettre l’appareil d’État en ordre de marche

Une Refondation exige une direction claire, une parole cohérente, une méthode partagée et une mobilisation réelle de toutes les institutions. Il appartient donc au Président Michaël Randrianirina de rappeler tout ce beau monde à l’ordre, non pas pour imposer une pensée unique, mais pour remettre l’ensemble de l’appareil d’État en ordre de marche autour d’un seul objectif : réussir le renouveau du pays.

Car si les ministres, les hauts responsables et les institutions ne marchent pas dans le même sens, comment demander au peuple, aux partis politiques, à la société civile, aux Églises et à la diaspora de croire encore à cette démarche ?

L’espoir semble aujourd’hui s’estomper

Pendant plusieurs mois, l’espoir était réel. Beaucoup voulaient croire qu’une nouvelle page pouvait s’ouvrir. Mais cet espoir semble aujourd’hui s’estomper.

Est-ce la lassitude ? La fatigue ? La répétition des mêmes discours ? Le trop-plein de cérémonies et de mise en scène ? Ou simplement le retour progressif des vieux réflexes politiques ?

Un pouvoir pris dans l’engrenage du système.
Un peuple pris dans les tourments du quotidien.
Des voix dissonantes souvent marginalisées, caricaturées ou diabolisées.
Et un pays qui semble reprendre, doucement mais sûrement, les rails du train-train politique hérité depuis l’indépendance.

En attendant le prochain déraillement ?

Une transition de plus ?

La Refondation ne peut pas être seulement un mot.
Elle ne peut pas être seulement une cérémonie.
Elle ne peut pas être seulement un calendrier électoral.
Elle ne peut pas être seulement un slogan porté par le sommet.

Elle doit redevenir une méthode, une écoute, un effort commun. Elle doit devenir une exigence collective, visible dans les actes, les priorités, les comportements et la communication publique.

Sinon, ce ne sera pas une refondation.

Ce sera simplement une transition de plus.

Et cette fois, il pourrait être trop tard.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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