Cérémonie de lancement de la concertation de la jeunesse à Madagascar avec enjeu de refondation, participation citoyenne et place du Fokontany dans la consultation populaire

Concertation de la jeunesse à Madagascar : pourquoi la vraie refondation doit partir du Fokontany

Le 14 avril 2026, le CCI Ivato à Antananarivo doit accueillir la cérémonie officielle de lancement de la Concertation nationale des jeunes. La date a bien été relayée publiquement ces derniers jours, après un premier calendrier initialement fixé au 11 mars 2026 puis reporté.

Le ministère de la Jeunesse et des Sports présente cette démarche comme un rendez-vous majeur pour faire remonter les préoccupations, les idées et les propositions de la jeunesse malgache dans le cadre plus large de la refondation.

Sur le principe, l’initiative mérite l’attention. Une jeunesse consultée, organisée et invitée à prendre part à l’avenir du pays : l’idée est forte. Mais comme souvent à Madagascar, tout dépendra moins des discours d’ouverture que de la méthode réelle, du niveau de départ de la consultation, du degré de liberté laissé à la parole, et de la capacité à éviter qu’une démarche annoncée comme nationale ne devienne, au final, une concertation trop encadrée par l’administration.

Car au fil des communications officielles, un point devient visible : la concertation jeunesse s’inscrit dans une architecture déjà structurée par le pouvoir, avec des dispositifs comme le « cercle de réflexion de la jeunesse », présenté par le ministère comme un espace d’échanges et de participation dans le processus de refondation. Le ministère évoque aussi des structures régionales et une coordination organisée en amont.

Dès lors, une question simple se pose : la jeunesse est-elle appelée à parler librement, ou à entrer dans un cadre déjà largement défini ?

1. Il ne faut pas boycotter la cérémonie, mais il ne faut pas non plus s’y rendre en simple figurant

Premier point fort : la jeunesse ne doit pas bouder ce rendez-vous.

Ce serait une erreur politique de laisser le terrain entièrement au discours officiel. Une cérémonie de lancement, par nature, est aussi un moment symbolique. Et dans ce type de séquence, l’absence des voix critiques profite toujours à ceux qui veulent présenter un consensus déjà acquis.

Participer, en revanche, ne signifie pas approuver aveuglément. Participer peut vouloir dire autre chose : venir pour poser des exigences claires, pour défendre une méthode plus crédible, et pour rappeler que la jeunesse malgache n’attend pas seulement d’être invitée dans une salle, mais d’être réellement associée à la construction des décisions.

Autrement dit, il ne s’agit pas d’aller au CCI Ivato pour applaudir un dispositif déjà ficelé. Il s’agit d’y aller pour dire : oui à la concertation, mais pas à une concertation de façade.

2. Une consultation qui commence à la commune risque déjà de s’éloigner du peuple réel

Deuxième point fort : le niveau de départ de la concertation est un enjeu démocratique majeur.

Dans les éléments évoqués autour de cette cérémonie, il ressort que la consultation serait appelée à démarrer au niveau des communes. Sur le papier, cela peut sembler logique : la commune est une entité administrative reconnue, plus large, plus structurée, plus facile à organiser. Mais politiquement, ce choix n’est pas neutre.

Car la vraie proximité à Madagascar ne commence pas à la commune. Elle commence au Fokontany.

C’est au niveau du Fokontany que se vit la réalité quotidienne : les difficultés d’accès aux services, le chômage des jeunes, les tensions locales, les attentes en matière de sécurité, d’éducation, de santé, de citoyenneté. C’est aussi à ce niveau que la parole populaire a le plus de chances d’être exprimée sans trop de filtres.

Une concertation qui commence à la commune peut rapidement devenir une remontée administrative. Une concertation qui commence au Fokontany a davantage de chances de devenir une parole populaire structurée.

La différence est capitale. Dans un cas, on organise des réunions dans un cadre déjà institutionnel. Dans l’autre, on part réellement de la base sociale du pays.

3. Sans le Fokontany, l’inclusivité risque de rester un slogan

Troisième point fort : une concertation dite inclusive ne peut pas contourner les communautés de base.

Les autorités affirment vouloir une démarche inclusive, avec une participation large des jeunes sur l’ensemble du territoire. Le ministère, de son côté, insiste sur l’appel lancé « à l’ensemble des jeunes, sans distinction », tandis que d’autres communications autour de la refondation ont même évoqué une participation jusque dans les communautés de base.

Mais il faut ici être pédagogique : l’inclusivité ne se mesure pas au nombre de discours prononcés ni au nombre de structures annoncées. Elle se mesure au point de départ réel de la parole.

Si les jeunes des quartiers, des villages, des zones rurales, des périphéries et des espaces les plus éloignés des centres de décision ne peuvent pas s’exprimer à partir de leur ancrage local immédiat, alors la concertation sera peut-être large en apparence, mais incomplète en profondeur.

Le risque est connu : les mêmes profils prennent la parole, les mêmes relais institutionnels remontent les mêmes synthèses, et les propositions les plus dérangeantes sont diluées dans un langage administratif plus consensuel.

Dire que la concertation doit partir du Fokontany, ce n’est donc pas défendre un détail technique. C’est défendre une condition minimale de crédibilité démocratique.

4. Le « cercle de réflexion de la jeunesse » peut être utile, mais il ne doit pas remplacer la voix directe du terrain

Quatrième point fort : les structures d’accompagnement peuvent aider, mais elles ne doivent pas se substituer à la base.

Le ministère a déjà présenté le cercle de réflexion de la jeunesse comme un espace dédié aux échanges, aux discussions et au partage d’idées dans le cadre de la concertation nationale. Il a aussi été exposé à la diaspora comme un dispositif appelé à jouer un rôle dans les réformes et les concertations nationales.

Sur le principe, un tel cadre peut être utile. Il peut aider à structurer les débats, à former, à synthétiser, à faire circuler des propositions. Mais il faut poser une limite claire : un cercle de réflexion n’est pas le peuple.

Le danger, dans ce genre de dispositif, est que l’on finisse par confondre participation organisée et participation populaire. Or ce n’est pas la même chose.

Une structure proche du pilotage politique ou administratif peut enrichir la réflexion. Elle ne doit pas devenir le filtre principal de la parole des jeunes. Sinon, la concertation risque de ressembler davantage à une consultation encadrée qu’à une remontée libre des attentes du pays réel.

La jeunesse a donc raison d’être vigilante sur les relations entre ce cercle, le Comité de pilotage de la refondation et le Conseil consultatif de la refondation, tels qu’ils sont évoqués dans les discussions publiques autour du processus. Plus l’architecture institutionnelle est dense, plus il faut garantir que la parole de base ne soit pas absorbée par les étages supérieurs.

5. La revendication centrale doit être claire : remettre la base de la concertation au Fokontany et redonner au Fokonolona le choix de son Sefo Fokontany

Cinquième point fort, sans doute le plus important : la jeunesse doit sortir de cette cérémonie avec une revendication simple, forte et compréhensible par tous.

Cette revendication pourrait être celle-ci :

la base de la concertation doit être ramenée au niveau du Fokontany, et le Sefo Fokontany doit être choisi par le Fokonolona.

Pourquoi cette revendication est-elle décisive ? Parce qu’elle relie immédiatement la question de la concertation à celle de la légitimité locale.

On ne peut pas prétendre reconstruire la parole populaire si l’échelon de proximité n’est pas pleinement reconnu comme espace politique vivant. Et l’on ne peut pas, non plus, parler sérieusement de refondation si la première cellule de la vie collective reste éloignée du choix direct de ceux qu’elle représente.

Cette idée dépasse la seule jeunesse. Elle touche à la manière même dont Madagascar veut se repenser : à partir d’un centre administratif, ou à partir de ses communautés réelles.

C’est là que la jeunesse peut jouer un rôle décisif. Non pas comme simple public d’une cérémonie officielle, mais comme force capable d’imposer une exigence démocratique de fond : commencer en bas, pour reconstruire juste.

Une cérémonie à ne pas rater, une méthode à ne pas laisser verrouiller

Au fond, le débat n’est pas de savoir s’il faut être pour ou contre la cérémonie du 14 avril 2026.

La vraie question est ailleurs : que fera la jeunesse de cette tribune ?

Si elle s’y rend pour valider passivement un calendrier et une méthodologie conçus d’en haut, alors la concertation risque de confirmer l’impression déjà présente chez beaucoup : celle d’un processus largement encadré par le pouvoir et l’administration.

Mais si elle s’y rend avec une parole claire, une exigence forte et un cap lisible, alors cette cérémonie peut devenir autre chose : le point de départ d’un rapport de force citoyen en faveur d’une concertation plus authentique.

La refondation de Madagascar ne gagnera pas en légitimité en multipliant seulement les comités, les présentations et les cadres méthodologiques. Elle gagnera en force lorsqu’elle acceptera de partir là où bat réellement le pays : au niveau du Fokontany, au contact direct du Fokonolona.

Et c’est peut-être là, précisément, que la jeunesse a aujourd’hui rendez-vous avec sa responsabilité historique.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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