Madagascar et BRICS : ressources naturelles et enjeux géopolitiques autour de “The Unit”

BRICS, “The Unit” et Madagascar : quand les richesses naturelles deviennent un enjeu monétaire

Depuis quelques mois, le débat autour d’un nouvel instrument monétaire envisagé par les BRICS – souvent appelé “The Unit” – suscite de nombreuses réactions. Certains y voient l’annonce d’une nouvelle monnaie mondiale, d’autres une rupture brutale avec le système dominé par le dollar.

La réalité est plus nuancée. The Unit n’est ni une monnaie pour les citoyens, ni un substitut immédiat aux devises existantes. Il s’agit avant tout d’un outil de règlement et de compensation destiné aux échanges entre États et grandes institutions, adossé à un panier de monnaies et de matières premières.

Si Madagascar n’est pas membre des BRICS, la question mérite pourtant d’être posée : en quoi cette évolution concerne-t-elle le pays ?

Un pays riche en ressources dans un monde en quête d’actifs réels

Dans un contexte international marqué par l’inflation, l’endettement et les tensions géopolitiques, les grandes puissances cherchent à sécuriser des actifs tangibles. Or, Madagascar dispose de ressources qui se trouvent précisément au cœur de ces nouvelles priorités :

  • minéraux stratégiques (graphite, nickel, cobalt),
  • potentiel aurifère et pierres précieuses,
  • ressources halieutiques,
  • terres agricoles encore sous-exploitées,
  • biodiversité à forte valeur scientifique et économique.

Dans la logique portée par certains pays BRICS, les matières premières redeviennent un socle de valeur, venant compléter – voire stabiliser – les échanges monétaires. Ce changement de paradigme redonne une place stratégique aux pays producteurs, à condition qu’ils sachent se positionner.

Contacts récents et intérêts convergents : une dynamique à décrypter

Les contacts diplomatiques et économiques récents entre Madagascar et plusieurs pays membres ou partenaires des BRICS ne relèvent pas du hasard. Ils s’inscrivent dans une dynamique globale où les grandes puissances cherchent à :

  • diversifier leurs sources d’approvisionnement,
  • réduire leur exposition aux circuits financiers traditionnels,
  • sécuriser des partenariats de long terme autour des ressources naturelles.

Pour Madagascar, ces échanges ne signifient ni une adhésion imminente ni un basculement géopolitique. Ils traduisent plutôt un intérêt croissant pour le potentiel du pays, dans un monde où la compétition pour les ressources s’intensifie.

Valoriser sans brader : le vrai défi malgache

C’est ici que se situe l’enjeu central.
Les ressources naturelles attirent, mais elles n’enrichissent un pays que si une stratégie nationale claire les encadre.

Deux trajectoires sont possibles :

  • Une logique de dépendance, fondée sur l’exportation brute, des contrats déséquilibrés et une faible transformation locale.
  • Une logique de valorisation, intégrant transformation minimale, fiscalité maîtrisée, transparence contractuelle et vision de long terme.

Dans ce cadre, un instrument comme The Unit pourrait faciliter certains échanges ou diversifier les modalités de paiement. Mais il ne remplacera jamais la capacité de l’État à négocier, réguler et planifier.

Un enjeu monétaire indirect, mais stratégique

Il serait illusoire de croire que The Unit aura un impact direct sur la vie quotidienne des Malgaches ou sur l’ariary. L’enjeu est ailleurs.
Il réside dans la possibilité, pour Madagascar, de :

  • diversifier ses partenaires économiques,
  • réduire certains risques liés aux fluctuations monétaires internationales,
  • mieux valoriser ses ressources dans un environnement financier en recomposition.

Autrement dit, le levier est diplomatique et économique, pas monétaire au sens strict.

Au-delà de “The Unit”, une question de souveraineté

Au fond, le débat ne porte pas sur un instrument financier, mais sur une question plus essentielle :
Madagascar est-il prêt à transformer l’intérêt géopolitique qu’il suscite en valeur durable pour sa population ?

Les ressources attirent.
Les puissances négocient.
Mais seule une vision nationale cohérente permet de convertir ces dynamiques en développement réel.

En conclusion

The Unit n’est ni une solution miracle ni une menace immédiate. Il est le symptôme d’un monde qui se réorganise, où les ressources naturelles redeviennent centrales.
Pour Madagascar, l’enjeu n’est pas de choisir un camp, mais de choisir une méthode : celle qui permet de valoriser ses richesses sans les dilapider, et de s’inscrire dans les mutations globales sans perdre sa souveraineté.

ℹ️ Avis personnel — Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n'engagent que l'auteur. Elles visent à nourrir la réflexion et le débat constructif sur Madagascar.

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